‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 68 sur 239 · III. LES SÉMITES · texte numérisé non relu

III. LES SÉMITES

son action. La séparation de l'Église et de l'État eût été un phénomène monstrueux pour les Sémites, chez qui les tribus et les cités se distinguaient par le dieu devant lequel elles s'inclinaient. Les sédentaires du Tigre et de l'Euphrate, répartis en villes bien organisées, considéraient la ville comme soumise à son dieu spécial. Le vrai roi, le vrai seigneur était la divinité poliade. Le roi de la terre n'était qu'un représentant, un vicaire du dieu ou de la déesse. Primitivement il était en même temps le prêtre de la cité. Quand les fonctions furent séparées, il resta l'intermédiaire entre les dieux et les hommes. Nous avons signalé déjà la cérémonie de l'allaitement par la déesse(§ 8). Le roi devenait ainsi un être supérieur à l'humanité, un être divin. L'un des plus anciens rois du pays d'Akkad, Narâm-Sin, fils de Sargon l'ancien (vers 3000 ans avant notre ère), s'appelle dieu de la ville d'Agadé. On comprend comment le roi prenait en mains les intérêts de ses congénères divins. Il travaillait à faire pratiquer la religion dans ses états et punissait sévèrement les impies. La loi qui régit les conventions sociales n'est pas considérée comme une invention de la raison ou un legs des âges passés. Elle est, comme l'indique formellement le code de Hammourabi, dictée par le Ciel et spécialement par le dieu-soleil, Shamash, qui préside à la justice. D'un bout à l'autre cette loi, qui régenta durant des siècles la Chaldée et la Mésopotamie, se donne comme inspirée d' en-haut. La malédiction des dieux est réclamée contre quiconque changerait ou transgresserait les articles de ce code. Par contre, le roi qui les gardera fidèlement et les mettra en pratique sera béni des dieux. Les rapprochements qui existent entre certains points de cette loi et certaines prescriptions de la loi mosaïque ne sont pas pour nous étonner. N'oublions pas, cependant, les différences profondes qui les séparent, l'une s'adressant à des populations sédentaires, l'autre à des nomades. Surtout rappelons-nous que la loi de Hammourabi ignore tout de l'unité de Dieu, tandis que le décalogue de Moïse commence par l'affirmation solennelle du monothéisme le plus rigide.

21. Une société aussi religieuse faisait une place de choix, parmi ses membres, aux ministres du culte. Les prêtres

jouent un très grand rôle à Ninive, comme à Babylone. Sans exclure les femmes de leurs rangs, ils ne leur donnent qu'une part restreinte aux fonctions sacerdotales. Les prêtres sont répartis en collèges, chacun ayant son rôle spécial dans les cérémonies. Les principaux groupes sont : Yashipou, « incantateur », le barou, « devin », le zammerou, « chantre ». Le premier, l'incantateur, est surtout magicien. C'est à lui qu'il appartient de guérir le malade par ses formules mystérieuses et par les opérations de la magie sympathique. Son rituel est un curieux mélange de prières aux dieux et d'injonctions aux démons, de sacrifices aux êtres bons et de manœuvres contre les esprits mauvais. Le barou est le type du mage chaldéen. Il monte sur les terrasses ou sur les tours à étages qui avoisinent le temple. De là il examine le ciel et dresse ses rapports astronomiques. Il prédit l'avenir d'après le cours des astres. A lui aussi d'interpréter tel événement qui s'est produit dans la journée. Une vache a mis bas un veau-phénomène, il vous dira si c'est un présage heureux ou malheureux. Devin, astrologue, augure, aruspice, nécromant, il est bien ce Chaldéen qui imposait ses services aux Romaines de la décadence. De même que les devins de la Grèce se réclamaient de Phœbus, il se réclamera du dieu-soleil, Shamash. Enfin, le chanteur et la chanteuse psalmodiaient durant les services divins. Leurs formulaires indiquaient les hymnes ou prières qui convenaient à tel sacrifice. A un moment précis, ils élevaient la voix. C'étaient ces litanies interminables, ces hymnes souvent trop factices, mais dont le rythme gouverné par le parallélisme offrait souvent les mêmes caractères que celui des psaumes chez les Hébreux. Tout un personnel secondaire, sacristains et valets, entourait les Pontifes.

Le prêtre vivait de l'autel et prélevait sa part sur les offrandes. Souvent le roi de la cité confiait au prêtre un lopin de terre dont le revenu fixe assurait sa subsistance. C'était aussi le roi qui faisait les frais de la garde-robe sacerdotale. Habits de fêtes ou costumes liturgiques, la mense royale devait pourvoir à tout. Mais l'habit ne fait pas le moine et on exigeait des candidats au sacerdoce toute une série de qualités dont la privation était un obs-

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