‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 69 sur 239 · III. LES SÉMITES · texte numérisé non relu

III. LES SÉMITES

tacle infranchissable à la cléricature. Il devait être bel homme et n'avoir point de difformité corporelle trop apparente. Surtout il devait être un rejeton de race sacerdotale, un véritable Lévite. On remontait ainsi jusqu'aux fondateurs du sacerdoce dont les noms se conservaient soigneusement à travers les âges. Tel cet Enmedouranki, initiateur de la confrérie des devins, que Bérose connaît encore sous le nom d'Euédorachos (1).

22. Autant nous avons insisté sur la religion, autant nous nous arrêterons peu sur la magie et la divination qui contaminèrent le sentiment religieux des Babyloniens et des Assyriens. Nous venons de voir que le magicien et le devin figuraient dans les collèges sacerdotaux. Leurs procédés sont ceux auxquels recourent partout le sorcier et le tireur d'horoscopes. La magie intervient comme une arme contre les attaques des puissances hostiles à l'homme. Ces puissances sont ou bien ces esprits mauvais (Morts et Démons), dont nous avons parlé (§ 14-15), ou bien des individus aux allures louches qu'on désigne sous le nom de sorciers et de sorcières. Ils jettent un sort, nouent un charme, font de véritables envoûtements. Il y a aussi le « mauvais œil » et la « mauvaise langue», dont le regard ou la parole ont atteint un malheureux. En même temps qu'il récite sa formule, le prêtre incantateur pèle un oignon ou un fruit quelconque, le jette au feu et supplie le dieu du feu de dévorer, au lieu de l'oignon ou du fruit, le sorcier et la sorcière. La magie sympathique s'abrite ainsi sous le manteau de la religion. De même, la divination. Si la magie confinait à la médecine empirique, la divination était une science constituée ayant ses méthodes et ses recueils. L'avenir se lisait dans les astres, d'après les relations contenues dans un grand ouvrage « Lorsque les dieux Anou et Bel », ainsi nommé d'après son début. Les autres sources de savoir étaient l'inspection de l'eau et de l'huile. Les évolutions de la goutte d'huile à la surface de l'eau étaient autant d'indications sur les questions posées. On possède, concernant ce mode de divination, un manuel qui remonte à près de deux mille ans

(1) Eusèbe, Chronicon, 1. I, éd. Schœne, p. 7 sq.

avant notre ère. Le devin examinait les entrailles et surtout le foie des victimes. Un foie en argile a été conservé dans les collections du British Muséum (1). Il est divisé en une multitude de petits casiers dont chacun a son nom technique. Les particularités présentées par tel ou tel casier étaient notées soigneusement. On en déduisait les pronostics les plus variés. Les mouvements de l'homme et des animaux, les phénomènes de la génération ou de la maladie, tout cela était un guide pour la science du devin exercé. Les Syriens colportèrent dans l'empire romain ces pratiques superstitieuses. Elles eurent pour résultat de créer déjà une véritable astronomie dont les observations ont pu servir à déterminer la chronologie des âges disparus.

23. Il nous reste à dire un mot de la mythologie assyrobabylonienne. Elle s'est développée avec un luxe extraordinaire et a influencé non seulement les autres Sémites (y compris les Israélites), mais même le monde grec par l'intermédiaire des Phéniciens. Pour ce qui est, en particulier, de la cosmogonie, les rapports entre celle des Babyloniens et celle des Hébreux sont assez frappants. Nous possédons plusieurs récits des origines du monde suivant la tradition chaldéenne. Ces récits s'accordent sur les points essentiels, mais, suivant les milieux où ils se sont répandus, ils attribuent à un dieu différent le rôle de démiurge : ce sera Mardouk à Babylone, Ashour en Assyrie. Au commencement toute la matière est noyée dans les eaux primordiales qui sont constituées par le mélange entre les eaux douces de YApsou et les eaux salées de Tiâmat (la mer). Et voici que de ce chaos sortent les couples divins, un élément mâle et un élément femelle. Ce sont des dieux amorphes qui ne se sont pas encore séparés de la matière. Mais Yopus distinctionis devient de plus en plus précis. Le dernier couple comprend un dieu qui symbolise « les choses célestes » et une déesse qui symbolise « les choses terrestres ». C'est déjà Ouranos et Gaia de la cosmogonie d'Hésiode.

Apparaît enfin la grande triade qui réglera les destinées

(1) Reproduit dans les Cuneiform texls du British Muséum, fasc. vi, pi. 1.

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