‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 70 sur 239 · III. LES SÉMITES · texte numérisé non relu

III. LES SÉMITES

mondiales : Anou, Bel, Êa. Il s'agit pour ces dieux d'organiser le chaos initial. Tiâmat, qui personnifie les forces aveugles de la matière, résiste à leur action. Elle est bien le tehôm (forme hébraïque masculine de tiâmat) dont parle la Genèse et que saint Jérôme traduit par abyssi. Désireuse de croupir dans son repos, elle veut s'opposer au travail d'organisation entrepris par les dieux. A la tête d'une armée de monstres, « serpents, hommes-poissons, etc. », elle marche contre ses rejetons. C'est la lutte des Titans contre les dieux célestes. Ceux-ci reculent. Soudain surgit un vengeur, Bêl-Mardouk. Il commence par se faire adjuger le droit de régler les destins. Puis il marche contre Tiâmat, la perce de sa lance et partage son corps en deux tronçons. Une moitié fera le firmament, l'autre la terre, exactement comme, dans la mythologie germanique, le corps du géant Ymir sert à former l'univers. Mardouk place dans le ciel les astres qui doivent présider au jour et à la nuit. Avec son propre sang il forme l'homme qui entretiendra sur la terre le culte des dieux. La septième et dernière tablette du poème est consacrée à l'apothéose de Mardouk. Le monde, tel que nous le voyons, est donc le résultat de la lutte entre le dieu de l'ordre, Mardouk, et le principe du désordre, Tiâmat. Dans une autre version, le monde sort peu à peu des eaux primitives : chaque cité émerge successivement et aussitôt apparaît le temple de la cité. Tout est ramené au culte des dieux. L'homme n'existe que pour entretenir sur terre les sanctuaires divins. 24. La tradition chaldéenne est muette sur le péché originel. Par contre, le déluge s'y retrouve très détaillé. Les traits les plus caractéristiques du déluge biblique y sont déjà en germe. Qu'il nous suffise de signaler le passage où le Noé babylonien atterrit sur le mont Nisir et ouvre la fenêtre de l'Arche pour voir la crue des eaux. Il lâche successivement une colombe, une hirondelle, un corbeau^ après quoi, il sort de l'arche pour offrir son sacrifice aux dieux. Ce qui sépare d'une façon absolue le déluge babylonien du déluge biblique, c'est que le premier est contaminé par une mythologie de mauvais aloi. Les dieux se querellent entre eux à propos de leur attitude vis-à-vis de l'humanité. Le survivant du cataclvsme et sa femme

sont élevés au rang de divinités : ils habitent à l'extrémité des terres, dans une sorte d'île des bienheureux. C'est là que les rencontre Gilgamès, le héros de la grande épopée babylonienne, véritable Ulysse dont l'Odyssée nous est rapportée en douze chants. La geste de Gilgamès est l'une des plus importantes productions de l'humanité antique dans le domaine de la légende merveilleuse. Nous ne connaissons pas le rapsode qui groupa les divers récits en vers dont elle se compose. Elle chante les fatigues et les voyages d'un ancien roi d'Érech dont le nom devait survivre dans la littérature classique sous la forme Gilgamos connue d'Ëlien (De nat. anim., xn, 21). On vient se plaindre à Gilgamès de ce qu'un monstre du nom d'Êabani, moitié homme et moitié taureau, dérange les pièges des chasseurs et les empêche de prendre leur gibier. Êabani vit, en effet, parmi les animaux dont il partage les goûts et les occupations . Pour l'apprivoiser le roi n'imagine rien de mieux que de l'attirer près d'une source où une courtisane sacrée lui fait goûter les voluptés démoralisantes de la luxure. Êabani, après sa chute, est repoussé par ses confrères, les animaux de la forêt. Il se rend à Érech où il se lie avec Gilgamès. Comme Héraclès et Iphiclès, nos deux héros vont parcourir le monde pour le purger des monstres qui le hantent. A la suite d'une expédition contre l'Élamite Houmbuba (1), Gilgamès apparaît à la Vénus babylonienne, Ishtar, comme le type de la beauté mâle et vigoureuse. Le guerrier la repousse durement et lui reproche ses dévergondages. Irritée, la déesse obtient de son père, le dieu du ciel, Anou, qu'il lâche contre le dédaigneux un taureau céleste, le Minotaure chaldéen. Êabani met en pièces l'animal fabuleux. Et voici que sa hardiesse est bientôt punie. Il succombe à la maladie, il meurt entre les bras de son ami. Gilgamès est bouleversé par cette vision de la mort. Il veut trouver le secret de vivre toujours. On lui apprend que ce secret a été connu du Noé babylonien, Outa-napishtim. A travers les péripéties les plus palpitantes, l'Ulysse d'Érech court le monde par monts et par vaux, rencontre

(1) Le nom de Houmbaba a survécu dans le Kombabos de Lucien, De dea syria, 19 sq.

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