‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 72 sur 239 · III. LES SÉMITES · texte numérisé non relu

III. LES SÉMITES

magie, nous apparaît comme paralysée et gênée par ces dépravations de l'instinct religieux. Le polythéisme trouve en elles ses plus fermes appuis. Mais, en même temps, le sort de ce polythéisme se trouva indissolublement lié à celui des pays où il s'épanouissait . Le jour où Ninive sombra, Ashour sombra avec elle. Le jour où s'effondra le temple de Babylone, Mardouk périt avec lui. Cependant que le vrai Dieu survivait à la captivité de son peuple sur les rives de l'Euphrate, à la ruine de Jérusalem et de son temple, à l'infidélité des Juifs. Son culte n'était pas limité à la montagne de Samarie ou à la colline de Sion, mais il pouvait s'étendre par le monde entier, partout où se rencontreraient les adorateurs en esprit et en vérité.

Araméens, Syriens, Naratéens, Palmyréniens

1. Après les Babyloniens et les Assyriens, le peuple sémitique qui exerça le plus d'influence sur l'ancien Orient est, sans contredit, celui des Araméens. La civilisation des Phéniciens se répandit plutôt sur les côtes de Syrie et d'Asie-Mineure, dans les îles de la Méditerranée, pour atteindre finalement les rivages septentrionaux de l'Afrique et les plages hospitalières de la Grèce, de l'Italie, de la Gaule ou de l'Espagne. L'influence des Arabes fut généralement concentrée dans la péninsule comprise entre le golfe Persique et la mer Rouge. Par contre, les hordes araméennes se répandirent à travers toute la Mésopotamie, la Syrie, la Palestine, et jusque dans le nord de l'Arabie. Lorsque les ancêtres des Hébreux émigrèrent d'Our en Chaldée, ils firent une première station dans la ville de Harran sur le Balikh, affluent de l'Euphrate. Toute cette région était déjà le siège d'une installation araméenne. C'était ce que la Bible appelle « l'Aram des deux fleuves», c'est-à-dire l'Aram mésopotamien. On éprouvait le besoin de spécifier par une épithète ou par un complément chacune des nombreuses colonies que fondaient ces Araméens. Dans les plus anciens textes cunéiformes ils

apparaissent comme des nomades dont les incursions tantôt inquiètent le centre de la Mésopotamie ou la région d'Édesse, tantôt violent les frontières de la Syrie et de la Phénicie, tantôt harcèlent les villes méridionales de l'empire assyrien. A l'époque de Sargon d'Assyrie (722-705 av. J.-C.) et de Sennachérib (705-661), ce sont des Araméens nomades, établis sur les rivages du golfe Persique, qui placent et soutiennent sur le trône de Babylone le roi Mérodachbaladan II. Ceux d'entre ces nomades qui se fixèrent soit au pays de Harran, soit sur les rives de l'Oronte, soit dans la région de Damas et du Hauran, soit même dans l'Arabie et en Egypte, ne tardèrent pas à avoir une langue et une écriture spéciales dont l'usage se répandra en Assyrie et même en Palestine au vme siècle avant notre ère. De cette langue hériteront les Nabatéens, les Palmyréens, les Juifs du temps de Notre-Seigneur et les Syriens de nos jours. Les Grecs avaient donné ce nom de « Syriens », probablement un succédané d' «Assyriens», aux populations sédentaires d'origine araméenne, et l'appellation de « Syrie » s'étendait tantôt à tout le pays compris entre le Tigre et la Cilicie au nord, l'Egypte et l'Arabie au sud, tantôt — au sens restreint — à la contrée que limitaient l'Euphrate à l'est, l'Arabie au sud, la Palestine à l'ouest et la Cilicie au nord. Les traducteurs grecs de la Bible traduisirent partout Aram par « Syrie » et Araméens par « Syriens».

2. Il nous serait bien difficile de donner une idée de ce qu'était la religion des Araméens nomades. Tout ce qu'on en pourrait dire, c'est qu'elle se rattachait, par les grandes lignes, aux religions sémitiques et qu'elle devait en présenter les caractères communs, en particulier le culte du dieu El. Les Araméens sédentaires ont laissé de leurs inscriptions et ce sont évidemment les meilleurs témoins de leurs idées religieuses. La plus ancienne de ces inscriptions est probablement celle que vient de découvrir récemment M. Pognon dans la région d'Alep. Elle émane d'un certain Zakir (ou Zakar), roi de Hamath (Hama) et du pays de Lou'oush (entre l'Oronte et la Méditerranée). Comme Zakir (ou Zakar) était contemporain du roi de Damas, Bar-Hadad, connu dans la Bible sous le nom de

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