A côté du mot baith « maison », pour désigner le tem
pie où est censée habiter la divinité, les Araméens ont employé le mot haram dont le sens précis est celui d'enceinte sacrée. Chez ces populations, comme chez les Arabes, les Nabatéens, les Cananéens, on a eu l'idée d' « un terrain réservé à la divinité. » Malheureusement on n'a pas retrouvé de lieu de culte dont on puisse dire qu'il soit spécifiquement araméen. Il n'est pas facile non plus de dire à quelle idée répondait, chez eux, la désignation du «prêtre » par le mot komer. La consécration personnelle par la circoncision existait chez les Syriens, comme chez les autres Sémites ( à l'exception des Babyloniens et des Assyriens). Quant aux temps sacrés, les textes sont muets sur ce point. Lucien de Samosate dans son traité sur La déesse syrienne parle de la fête qui se célébrait au printemps, dans la ville d'Hiérapolis. On allumait un immense bûcher où les chèvres, les brebis et les autres victimes étaient consumées. Des réjouissances orgiaques accompagnaient ces sacrifices. Il y a là une pénétration très évidente des folies phrygiennes en l'honneur d'Attis dans le culte plus sobre des anciens Sémites. La mutilation volontaire que d'aucuns pratiquaient sur eux-mêmes dans ces bacchanales est directement importée des Galles phrygiens. 6. Les idées des Araméens sur la vie au delà de la tombe nous sont rendues familières par les inscriptions de Sendjirli et de Nêrab, qui sont des textes funéraires. On donnait le nom de nèfesh « âme » à ce qui survivait du mort (les Mânes). C'était un principe matériel puisqu'il pouvait boire et manger. En somme, de même que chez les Babyloniens et les Assyriens, le mort avait besoin du vivant. Il le conjure de permettre au nèfesh du défunt de s'associer aux sacrifices alimentaires qui sont offerts aux dieux. On a aussi un grand souci de demeurer tranquille dans la tombe. L'une des stèles de Nêrab porte le vœu suivant : « Ils n'ont mis avec moi aucun objet d'argent ni de bronze, on m'a mis avec mon habit, afin que tu ne pilles pas ma couche en faveur d'un autre (1). » Le mort veut avoir le vivre et le couvert au delà de la tombe. Dans son traité sur La déesse syrienne (lii-liii), Lucien décrit les coutumes
(1) Lagrange, Études sur les religions sémitiques, 2e éd., p. 501.