III. LES SÉMITES
funéraires des Hiérapolitains. Quiconque a vu un mort ne peut pénétrer le jour même dans le temple. Le lendemain il y entre après avoir été purifié. Les parents du mort s'abstiennent, durant trente jours, des cérémonies religieuses, et ils ne franchissent ensuite le seuil du temple qu'après s'être rasé la tête. Ce dernier usage n'est pas propre aux Syriens : on le rencontre à la fois chez les Arabes et les Hébreux. Il ne s'agit pas d'une simple marque de tristesse, mais bien d'un rite quelconque dont le sens primitif pourrait être de supprimer l'impureté contractée par le contact ou simplement la vue du mort.
7. Les Nabatéens forment le trait d'union entre les Araméens ou Syriens et les Arabes. Leur histoire avant la période hellénistique est assez obscure. Il semble, cependant, assez légitime de les identifier avec les Nebaioth de la Bible et les Nabatou qui, depuis Téglath-phalasar III (745-727 av. J.-C), figurent dans les inscriptions cunéiformes parmi les tribus araméennes. Au ive siècle avant notre ère, ils sont installés très fortement dans le territoire occupé précédemment par les Édomites au sud et à l'est de Juda. Leur capitale est Pétra, l'antique Séla « le Roc (Petra) ». Répandus depuis la côte orientale de la Mer Rouge jusqu'à Pétra, possédant, outre leur capitale, des centres florissants comme Hêgra (aujourd'hui Me&a in-Sâleh) dans l'Arabie du nord, des villes saintes comme K Abdeh à la lisière méridionale des pays bibliques, les Nabatéens organisèrent longtemps les caravanes qui transmettaient aux populations de la Syrie et de la Palestine les produits de l'Arabie et vice versa. Ils s'entremêlèrent aux événements de la Judée à l'époque des Macchabées. En l'an 169 avant Jésus-Christ, ils constituent un royaume qui durera jusqu'en l'an 106 après Jésus-Christ, époque à laquelle toute la Nabatène est réduite en province romaine. Leurs inscriptions se retrouvent depuis Hégra au sud jusque dans le Hauran. On en a relevé aussi un très grand nombre dans la péninsule sinaïtique, par où les caravanes se rendaient en Egypte. Parfois simples graffites, le plus souvent textes funéraires ou dédicaces, c'est dans ces inscriptions que nous trouvons tous les renseignements concernant la religion de ce peuple de marchands.
8. Polythéistes comme les autres Sémites, les Nabatéens furent moins syncrétistes que les Syriens. Leurs divinités furent souvent des divinités locales. Ainsi le chef de leur panthéon, le dieu Dousharâ, porte un nom qui signifie simplement « Seigneur de Sharâ». Et pourtant il était le « seigneur du monde », tout comme le « seigneur des cieux » des gens de Palmyre. Les écrivains grecs et latins firent de Dousarès le pendant de Dionysos-Bacchus ; mais, en fait, le dieu était simplement le soleil et on pouvait le désigner par la périphrase suivante : « Celui qui sépare la nuit du jour. » Dousharâ était représenté par un bloc de pierre noire rectangulaire, analogue à la fameuse kaaba de la Mecque. Sa parèdre était Manât ou Manoutô qui est encore connue dans le Coran (lui, 20) et qui peut équivaloir à une déesse fortune, Tù^'o- Une autre déesse était Al- Lât dont le culte, originaire de l'Arabie du Sud, s'est étendu à travers le Hauran jusqu'à Palmyre. C'était une déesse du ciel, que d'aucuns identifient avec l'étoile du matin, d'autres avec la lune. D'Arabie aussi le culte du dieu Habalou, plus exactement Hobal, qui devait se maintenir comme dieu suprême du sanctuaire de la Mecque. Des Édomites les Nabatéens héritèrent le dieu Qôs qui apparaissait déjà comme élément divin dans le nom de Qôs-malaka, le roi édomite contemporain de Téglathphalasar III (745-727 av. J.-C). On ne sait pas exactement quelle divinité se dissimule sous le nom de « Seigneur du temple (ou de la maison) », qui figure à côté de celui d'AVOuzza, l'une des épithètes des anciens Arabes pour désigner l'étoile du matin. Comme les Babyloniens et les Assyriens, les Nabatéens divinisèrent leurs rois. On a retrouvé, à Pétra, le sanctuaire d'Obodas II (vers 28-9 av. J.-C), où on le qualifie expressément de « dieu ».
9. Pas plus que les autres Sémites, les Nabatéens n'ont cru que la vie finissait à la tombe. Il est peu de peuples qui aient eu, autant qu'eux, le souci de se ménager des demeures somptueuses pour leurs Mânes. Aussi bien à Pétra qu'à Hégra, ce sont les monuments funéraires qui sont les plus nombreux et les plus riches. La loi intervenait pour empêcher la violation de ces monuments et punissait d'une forte amende quiconque présumait de se faire ensevelir