III. LES SÉMITES
dans un tombeau qui n'était pas le sien. La religion sanctionnait cette inviolabilité de la tombe et les inscriptions disent formellement que le sépulcre est compté au nombre des choses haram, c'est-à-dire soustraites à l'usage commun et rangées parmi les objets sacrés. « Et ce tombeau et son inscription sont chose sacrée, suivant la nature des choses sacrées chez les Nabatéens et les Salamiens, pour les siècles des siècles (1). » Gomme on l'a écrit fort justement : « Il semble que ces Nabatéens, toujours en route pour leur commerce, se préoccupaient assez peu de leurs demeures terrestres, asiles pour une nuit de temps en temps. Leur grand souci était la demeure d'au delà, « demeure d'éternité », qui méritait par conséquent une attention toute spéciale (2). » Afin de perpétuer la mémoire du défunt et de le rappeler à l'attachement de ses descendants, on le représentait par une pyramide soit construite soit simplement gravée (en forme de triangle très allongé reposant sur une base ) sur les parois du tombeau. C'était le néfesh, c'est-à-dire « les Mânes » du mort. Simon Macchabée est fidèle à cet usage quand il bâtit « sept pyramides» sur la tombe où reposent son père, sa mère et ses quatre frères, la septième étant réservée pour luimême (3).
10. Nous connaissons plusieurs sanctuaires nabatéens. Le plus important est celui de Pétra. Situé sur un escarpement de rocher, isolé du reste de la colline, c'est bien le type du haut lieu. On y accédait par une esplanade surmontée de deux obélisques, qui jouent le rôle des piliers ou des colonnes que les Égyptiens,les Phéniciens et les Juifs plaçaient à l'entrée de leurs temples. De là on pénétrait dans une autre cour au fond de laquelle s'élevait l'autel où très probablement étaient consumés les holocaustes qui précédemment avaient été immolés sur un autel voisin. « Ce préjugé commun à tous les Sémites, qu'on ne devait pas sacrifier sur un autel dressé avec le fer, existe encore ; à côté de l'autel bien équarri nous trouvons le
(1) Jaussen et Savignac, Mission archéologique en Arabie.i. i, p. 156.
(2) Ibid., p. 306.
(3 I Macch., xm, 28.
rocher brut sur lequel on immolait les victimes (1). » Le haut lieu de Pétra représente le sanctuaire à ciel ouvert. Celui de Hégra, appelé aujourd'hui le Divan, est le sanctuaire fermé, tout entier taillé dans le roc et précédé d'une entrée monumentale, où un magot, sculpté à droite de la porte, invite les fidèles à pénétrer dans le temple. Aux abords du Divan de nombreuses niches sont gravées dans la paroi du rocher et dédiées aux diverses divinités. Le plus caractéristique des objets de culte nabatéens est la mesgidâ, dessinée par le graveur sur un rocher de façon à simuler une colonne. Le nom signifiait « l'endroit où l'on adore ». L'inscription gravée sur la mesgidâ invitait le fidèle à se souvenir de tel ou tel dieu, souvent d'un dieu étranger. On se tournait peut-être vers elle pour la prière, comme les musulmans de nos jours se tournent vers la qibleh qui leur indique la direction de la Mecque.
11. La religion des Palmyréniens présente un intérêt spécial. On a voulu voir chez eux l'épanouissement d'une tendance, commune aux Sémites, de concentrer leurs adorations sur une seule divinité. Justice a été faite de cette prétention. Le polythéisme est la norme religieuse aussi bien à Palmyre que dans les autres populations sémitiques, Israël mis à part. Sans doute, les Palmyréniens ont eu une conception du divin moins grossière que les Arabes ou les Syriens d'antan. C'était le fruit d'une longue épuration qui, favorisée par les influences juive et grecque, n'a produit tout son effet qu'après l'expansion du christianisme. On sait que les inscriptions palmyréniennes, rédigées ordinairement en araméen (dialecte de Palmyre) et en grec, sont toutes des trois premiers siècles de notre ère, à l'exception d'un texte funéraire qui remonte à l'an 9 avant Jésus-Christ. Le commerçant de Palmyre demeure attaché aux vieilles divinités des nomades, tout en accueillant l'art grec pour la construction des sanctuaires. Parmi ces antiques divinités, celle qui devait prendre le premier rang était le soleil. L'empereur Aurélien, qui, fils d'une prêtresse du soleil, avait entrepris de syncrétiser les ado-
(1) Savignac, dans la Revue biblique, 1903, p. 287.