III. LES SÉMITES
rations sur la personne de l'astre du jour, fut l'un des promoteurs de ce culte. Il dédia au Soleil le temple que les Palmyréniens avaient construit en l'honneur de Bel, le seigneur des dieux, dont le nom était venu de Babylone. L'élément Bel ou Bol « seigneur » figurait, d'ailleurs, dans le nom de la divinité qui fut la véritable divinité solaire, Malak-Bêl, identifiée par les Romains avec iSo/,par les Grecs avec le Jupiter d' Héliopolis (Baalbek), qui n'est autre que "HXioç. Et de même nous retrouvons cet élément Bel ou Bôl dans Iarhibôl, autre forme du dieu solaire, et dans 'Aglibôl qui est le dieu lunaire en tant que compagnon du soleil. C'était aussi un dieu astral que cet xAziz (AÇiÇoç) venu d'Édesse à Palmyre. Il représentait l'étoile du matin. Un dieu nabatéen qui avait , comme son peuple d'après Diodore de~ Sicile (1), la propriété de ne pas boire de vin, était aussi vénéré à Palmyre. Si le vin était en aversion, l'eau, par contre, devait être regardée comme sacrée. On connaissait, à Palmyre, une source bénie qui était dédiée à Gad, c'est-à-dire à la déesse-fortune, Tû/j], très en faveur dans tout le désert syrien et dans le Hauran. Une autre déesse syrienne, Atergatis ou Dercéto, avait aussi son culte dans la ville. Mais « ils avaient été beaucoup moins fidèles que les Nabatéens à l'antique Allath, la déesse des Arabes au temps d'Hérodote (2). »
12. Un dieu, qu'on croyait jusqu'ici d'origine récente mais dont on retrouve maintenant le nom sur la stèle de Zakir, fut très en honneur chez les Palmyréniens. C'était le « Seigneur des cieux », que les inscriptions appelaient « le dieu bon et bienfaisant » ou « le seigneur du monde » et qu'on interprétait en grec par Zsuç [lz^kj-o^ xspauvtoç. Il correspondait au dieu Hadad que nous avons trouvé chez les Babyloniens et les Syriens. Sous le nom de « Baal des cieux», il fut vénéré des Phéniciens (qui le transmirent aux Carthaginois), des Araméens ou Syriens, comme en fait foi la stèle de Zakir, des Nabatéens, des Palmyréniens, des Arabes du Safa. L'accueil fait à ce « Seigneur des cieux 9,
(1) Géograph., xix, 94.
(2) Lagrange, Palmyre, dans Le Correspondant, du 10 septembre 1908, p. 951 sq.
qui n'était le baal d'aucune cité, par les Sémites polythéistes, et, en même temps, l'équivalence qu'on pouvait établir entre ce dieu et le Jupiter olympien, c'étaient autant de points d'appui que trouverait dans la conscience religieuse le christianisme en lutte avec les cultes nationaux. Il était facile d'identifier cette divinité suprême avec le « Dieu des cieux » que connaissaient les Juifs ou avec le « Père céleste » que faisaient connaître les disciples de Jésus.
13. Comme les Nabatéens, les Palmyréniens eurent un grand souci de leurs tombeaux. « Il n'est pas douteux que les Palmyréniens, comme les autres Sémites, aient d'abord enseveli leurs morts dans des caveaux creusés dans le roc. On ne pouvait se dispenser d'élever des monuments sur les tombes, selon une coutume non moins générale. Puis les monuments eux-mêmes furent organisés pour recevoir les cadavres (1). » Au lieu de représenter le mort par la pyramide ou le néfesh, on voulut en donner un véritable portrait. De là ces nombreux bustes funéraires qui ont émigré de Palmyre vers les musées d'Europe. Les inscriptions sépulcrales sont d'un laconisme de gens d'affaires. Le nom du défunt et de sa famille, la date de sa mort, une exclamation : « hélas ! » La tombe s'appelle « la demeure d'éternité ». C'est là que doit survivre le défunt, et malheur à quiconque vient troubler ses ossements : « Qu'il n'ait ni postérité ni fortune à jamais ! Qu'il n'y ait rien de bon pour celui qui ouvrira, à jamais ! De pain ni d'eau qu'il ne soit jamais rassasié (2) ! » Le souci des morts ne fit pas oublier celui des dieux, et les temples furent entretenus avec autant de soin que les tombeaux. Le sanctuaire national de Palmyre, bâti au premier siècle de notre ère, comprenait une immense enceinte, toujours le haram sémitique, au milieu duquel se trouvait le naos du dieu. Les Palmyréniens firent pour leur temple ce qu'ils avaient fait pour leurs monuments publics, ils en confièrent la maind'œuvre aux architectes grecs. Sous le siège de la ville
(1) Lagrange, Palmyre, dans Le Correspondant du 10 septembre 1908, p. 945 sq.
(2) Cooke, North-semitic inscriptions, p. 311.