‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 79 sur 239 · III. LES SÉMITES · texte numérisé non relu

III. LES SÉMITES

par Aurélien (272 apr. J.-C), le temple fut détruit, et avec lui — ■ malgré l'activité d' Aurélien qui voulut le reconstruire — sombra la religion palmyrénienne. « Il est touchant, pourtant, car rien ne nous est étranger des aspirations religieuses de l'âme, de retrouver, dans l'immense étendue de l'empire, des inscriptions qui rappellent que tel cavalier palmyrénien, à Rome, en Afrique, ou dans l'humide Germanie, loin de sa cité et de ses temples, se souvenait encore, dans cet exil, des dieux de Tadmor (1). » Par contre, la reine de Palmyre, Zénobie, avait fait restaurer une synagogue juive en Egypte.

Phéniciens, Carthaginois, Cananéens

1. Les Phéniciens furent le trait d'union entre le monde sémitique et le monde grec. Leur pays était trop étroit pour les contenir. « La mer est tout en Phénicie : le sol, il y en a bien juste ce qu'il faut pour donner pied à une quinzaine de villes et à leur banlieue de jardins. Le Liban et ses forêts impénétrables l'isolaient à peu près entièrement de la Syrie creuse, et l'enfermaient en une sorte de préau étroit, long, bordé d'écueils et de falaises, comme étouffé entre la montagne et les flots (2). » Les Assyriens et les Babyloniens avaient donné à ce territoire le nom d'Amourrou, d'où est venu celui d'Amorrhéens, que donne la Bible aux anciens habitants de Canaan. Elle appelle « Sidoniens » les gens de Phénicie, exactement comme fait Homère, et cela se conçoit étant donnée l'importance prise par Sidon au point de vue politique et économique. L'île d'Arwad, les ports de Simirra, de Batroun,

(1) Lagrange, Palmyre, dans Le Correspondant du 10 septembre 1908, p. 952.

(2) Maspero, Histoire ancienne des peuples de V Orient classique, n. p. 169.

de Beyrouth, les cités maritimes de Byblos, de Tyr, tels étaient — à côté de Sidon — les centres où se ralliaient les navigateurs phéniciens. De bonne heure, ils devinrent les maîtres de la Méditerranée, et, s'il faut en croire les plus récents travaux sur ce sujet, ils furent les initiateurs de la géographie nautique que connurent les Grecs et qui fut condensée dans l'Odyssée. Sur toutes les côtes et dans presque toutes les îles de la « Grande Mer » on retrouve des traces de leurs installations. Avec leurs marchandises ils transportèrent leurs dieux. Les Phéniciens installés en Sicile ou dans la Carthagène conservèrent leurs Pénates. Ils les introduisirent même dans le monde romain : « Les divinités de la côte de Phénicie passèrent aisément au delà des mers ; on vit débarquer Adonis, que pleuraient les femmes de Byblos ; Balmarcodès, « le seigneur des danses », venu de Béryte ; Marnas, le maître des pluies, adoré à Gaza, et Ton célébrait au printemps sur le rivage d'Ostie, comme en Orient, la fête nautique de Maïoumas (1). » Outre les nombreux renseignements, épars chez les classiques grecs ou latins, nous possédons dans les inscriptions phéniciennes, la plupart funéraires ou religieuses, une source de premier ordre pour la connaissance de leur religion. Par contre, les dires de Sanchoniathon, soi-disant recueillis par Philon de Byblos et transmis par Eusèbe de Césarée, sont très sujets à caution et ne peuvent être utilisés que sous la plus grande réserve (2).

2. L'antique divinité des Sémites, £7, se trouve chez les Phéniciens comme nom d'un dieu personnel et, de même que les Hébreux employèrent le pluriel Élohim pour signifier le Dieu suprême, les Phéniciens se servirent du mot Élim comme d'un pluriel de majesté pour représenter un seul dieu. La forme féminine Elat persista longtemps comme nom propre d'une déesse. Le principe de la juxtaposition d'une divinité féminine à une divinité masculine fut très en honneur chez les Phéniciens. A côté du baal de tel

(1) Cumont, Les religions orientales dans le paganisme romain, 2e éd., p. 163.

(2) Lagrange, Études sur les religions sémitiques, 2e éd., p. 396 sq.

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