‹ Où en est l'histoire des religions? (volume 2)Chapitre 80 sur 239 · III. LES SÉMITES · texte numérisé non relu

III. LES SÉMITES

ou tel endroit ils vénèrent la baalat « dame » du même lieu, et à côté du dieu roi (mélek) de la cité ils placèrent la déesse reine (milkat). Chaque ville, chaque montagne, chaque vallée, chaque endroit remarquable avait son baal, qui était le propriétaire et le seigneur divin. Mais souvent ce baal correspondait à l'une des divinités communes aux diverses cités. Ainsi le baal d'Arwad était Dagon, dont le culte se répandit à travers Canaan, et sur la côte philistine. Celui de Beyrouth est un dieu marin, qui dut être vénéré dans tous les ports, tandis que la ville d'Arsouf (rApollonias des Grecs) tire son nom du dieu Réshef que nous avons vu émigrer dans la Haute-Syrie. Il semble que le baal suprême fût le dieu Hadad, ce dieu du tonnerre, dont nous avons entrevu la diffusion du culte à travers tout l'Orient sémitique et qui correspondait au « Seigneur des cieux». Le dieu deTyr était Melqart dont le nom signifiait simplement « roi de la cité » et que les Grecs identifièrent avec Héraclès. C'était un dieu solaire, en l'honneur duquel on allumait, le 25 décembre, des feux destinés à lui rendre, par magie sympathique, une vie et une vigueur nouvelles. Son culte se répandit en Chypre, en Egypte, à Carthage. C'est ce même culte que Jézabel introduisit dans le royaume d'Israël et qui souleva les anathèmes du prophète Élie. A Sidon, la divinité qui avait éclipsé les autres était Eshmoun dont le temple a été exhumé il y a quelques années. Les savants hésitent à déterminer l'étymologie de son nom, mais sa nature est suffisamment connue. Les anciens l'identifiaient, en effet, avec ' AœxXyjtuioç, Esculape, non seulement à Carthage, en Numidie, en Mauritanie et en Sardaigne, mais aussi dans sa propre patrie, à Arwad, à Beyrouth, à Sidon, à Acre. Ce fait prouve que ce dieu était, comme Esculape, un dieu guérisseur. Une plante médicinale de l'espèce des solanées portait, d'après Dioscoride, le nom d'occiTpsqjioim^, c'est-à-dire « plante d'Eshmoun » (herba asclepiaca), chez les Carthaginois. Il semble également certain que les Grecs identifièrent Eshmoun avec Dionysos Bacchus. Le syncrétisme phénicien fabriqua des noms composés où Eshmoun fut non seulement accouplé à la déesse Astarté (dans Eshmoun-Astarté), mais encore uni au dieu Tyrien Mel-

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qart (dans Eshmoun-Melqart). C'était fondre en une seule plusieurs divinités et s'acheminer vers l'adoration d'un dieu manifesté sous différentes formes. Sans insister sur d'autres personnalités du panthéon phénicien, comme Sid (peut-être éponyme de Sidon), Sédeq (dieu de la justice, qui figure dans Melchisédech), Sakkoun, etc., nous devons consacrer une étude spéciale à Tammouz- Adonis qui joua un rôle prépondérant dans la religion phénicienne et exerça son influence sur Israël et sur la Grèce.

3. Tammouz était d'origine babylonienne. C'était la divinité chtonienne par excellence. Nous avons vu qu'il portait là-bas le nom de Doumouzi et qu'on le considérait comme « l'enfant légitime » de l'Apsou. Il était l'épi qui mûrit sous le soleil, grâce à l'eau douce de l'Apsou. Au jour où la faux homicide tranchait sa vie, les femmes entonnaient les complaintes sur sa mort. Elles parlaient au nom d'Ishtar, l'amante du dieu, ou au nom de sa sœur, la déesse du vin. Les Phéniciens accueillirent ce culte lugubre et lui donnèrent une place à part dans leurs liturgies. La ville de Byblos en devint le siège. Mais au lieu de lui laisser son nom de Tammouz que connut la tradition hébraïque et syrienne, on l'appela Adonis « le seigneur » et c'est sous ce vocable que le connurent les Grecs. Saint Jérôme représente la double tradition : Quem nos Adonidem interpretati sumus, et Hebrœus et Syrus sermo Thamuz vocal (Explan, in Ezechielem, sur le chap. vin, 13 sq,). Le sanctuaire de Byblos fut célèbre dans toute l'antiquité. La ville (aujourd'hui Djebeil) était sise à l'embouchure du fleuve Adonis (aujourd'hui Nahr-Ibrahim) qui prenait sa source àAfqa dans le Liban. La mort d'Adonis n'était plus simplement le symbole de la moisson expirant sous la faux. Une mythologie très touchante avait poétisé la conception première. Adonis était un jeune chasseur, mis à mort par un sanglier. Son sang rougissait les eaux du fleuve Adonis et c'est alors que commençaient les lamentations funèbres et les orgies, dont Lucien nous a laissé un écho dans son traité De la déesse syrienne. L'époque de ces Adonies a été précisée par les savants. Le témoignage de saint Jérôme est formel : Unde quia, juxta gentilem fabulam, in mense Junio amasius Veneris et pulcherrimus juvenis occisus et deinceps revixisse

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