III. LES SÉMITES
narratur, eumdem Juniurn mensem eodem appellant nomine et anniversariam ei célébrant solemnitatem (Explan, in Ezechielem, sur le chap. vin, 13 sq.). C'est vers le solstice, durant le mois de Tammouz (juin-juillet), qu'on célébrait ces rites. Primitivement la fête était purement un deuil. Peu à peu l'idée de la résurrection du dieu — probablement sous l'influence de l'Egypte (par le culte d'Osiris) et de l' Asie-Mineure (par le culte d'Attis) — s'ajoute à celle de la mort. Il est remarquable que, dansÉzéehiel (vin, 13 sq.), les fêtes en l'honneur de Tammouz qui contaminent le temple de Jérusalem, comprennent seulement les lamentations des femmes. La Grèce, plus que la Judée, accueillit ce culte d'Adonis. Le jour venu, les femmes faisaient des images d'Adonis ; on les exposait comme autant de représentations du cadavre du dieu. Des danses funèbres, des cantilènes lugubres, des plaintes entrecoupées de sanglots, des coups sur la poitrine, toutes les marques de la désolation rendues plus impressionnantes encore par le son du Ytyypoç, cette flûte monotone qu'avaient importée les Phéniciens, telle était la liturgie de ces tristes solennités. Plus tard, mais très tard, la fête prit un cachet moins sombre : après les lamentations sur la mort commencèrent les chants sur la résurrection du dieu. Le texte de saint Jérôme, cité plus haut, se termine ainsi: in quo plangitur a mulieribus quasi mortuus, et postea reviviscens canitur atque laudatur.
4. La déesse qui prit la prépondérance en Phénicie fut la fameuse Astarté. Elle correspondait à l'Ishtar voluptueuse des Babyloniens, à l'Aphrodite des Grecs. Sous son nom d' Astarté, elle règne surtout à Sidon, en Chypre, en Sicile, en Sardaigne, à Carthage. Comme Ishtar, elle est une déesse du ciel et, très probablement, la planète Vénus. Ce n'est que dans le syncrétisme de basse époque qu'on voulut en faire une déesse lunaire et l'identifier avec l'Égyptienne Hathor. Mise en relation parla mythologie avec l'Adonis de Byblos, elle devient, dès le xive siècle avant notre ère, la « dame de Byblos » et Lucien, dans son traité De la déesse syrienne (§6), la connaît sous le nom de 'AçpoûtxY] @u6à(y). Pour la Bible, elle est, par excellence, la déesse des Sidoniens. Nous savons, par les au-
teurs classiques, que le culte de cette déesse des plaisirs, en Phénicie aussi bien qu'à Babylone ou à Érech, était contaminé par les prostitutions sacrées. Des prostitués mâles figuraient même dans le personnel de ses temples. Elle fut associée au dieu de Tyr, Melqart, au dieu de Sidon, Eshmoun, au dieu de Byblos, Tammouz-Adonis. Les Phéniciens la transportèrent dans Pile de Chypre où elle fusionna avec sa pareille, PAphrodite des Grecs. Elle eut moins de fortune à Carthage où une autre déesse phénicienne, Tanit, la supplanta.
5. A côté de leurs dieux nationaux, les Phéniciens accueillirent des divinités étrangères. Outre le dieu babylonien, Tammouz, on rencontre chez eux le dieu syrien Hadad et surtout le dieu égyptien Osiris, très fréquent dans les noms propres. De PÉgypte encore vinrent les déesses Bast et Isis, ainsi que les dieux Horus et Thot, ce dernier correspondant à TaauTo;, inventeur de Pécriture d'après Philon de Byblos.
Toutes ces divinités furent transportées dans le nord de l'Afrique par les Phéniciens qui colonisèrent Carthage et ses environs. On peut dire que la religion phénicienne fut continuée par la religion punique. Nous avons dit déjà que la déesse Tanit prit ici la prééminence. Elle fut identifiée successivement à Astarté, à Déméter, à Artémis. L'épithète de « face de Baal » qu'on croyait lui voir attribuer dans certains textes est, en réalité, le nom d'une localité, Penê- Baal, dont Tanit était la dame. A côté d'elle figure, sans cesse, sur les inscriptions puniques, son parèdre Baal- Hammon qu'une inscription latine de Mauritanie interprète par Hammoni J(ovi) O(ptimo) M(aximo). C'était un dieu solaire « le brûlant » qu'on identifia avec une autre divinité africaine, Amon. Un fait très intéressant à constater est que le nom de Elat « déesse » était resté nom propre à Carthage et qu'il y avait même un collège de prêtres pour cette déesse. A la suite de leurs démêlés avec la Sicile (en 392 av. J.-C.),les Carthaginois accueillirent les déesses siciliennes, Koré et Déméter, dans leur panthéon (1). Ils ne les confondirent pas avec leur ancienne
(1) Lagrange, Études sur les religions sémitiques, 2e éd., p. 457.