III. LES SEMITES
de Moab, Mésa, bloqué par les Israélites dans'sa capitale, immole au dieu Kamos son premier-né, sur la muraille de la ville assiégée (II Reg., m, 26 sq.). Les prostitutions sacrées en l'honneur d'Astarté étaient une autre tare des cultes cananéens. Si l'on retrouve chez les Grecs ces perversions du sentiment religieux, qui ont consisté à faire faire aux dieux le sacrifice de la vie humaine ou de la pudeur, c'est en des endroits où l'influence sémitique a été prédominante. « Ses rites obscènes et atroces provoquèrent un soulèvement exaspéré de la conscience romaine quand Héliogabale tenta de les introduire en Italie avec son Baal d'Émèse (1).» A côté du prêtre qui immolait la victime, à côté des prostitués mâles ou femelles qui servaient aux aberrations du culte, le temple avait un personnel de scribes et de sages auprès desquels les étrangers se renseignaient sur les rites et leur signification. Il y avait aussi des barbiers qui pratiquaient les incisions rituelles et qui pouvaient couper la chevelure, lorsqu'on en faisait le sacrifice. Enfin, les besognes les plus viles étaient remplies par des sacristains parasites qui vivaient des restes laissés par les offrants. Nous n'avons pas à insister ici sur la circoncision que les Sémites (hormis les Babyloniens et les Assyriens) eurent en commun avec les Égyptiens. Elle appartient à l'étude de la religion d'Israël.
11. Les idées des Phéniciens et des Cananéens sur la mort sont en parfait accord avec ce que nous avons constaté chez les Babyloniens (i, § 15-16) et chez les Araméens (n, § 6). Les inscriptions mortuaires des Phéniciens et des Carthaginois, les usages funéraires de Canaan nous renseignent sur leur conception de la vie d'outre-tombe. Le mort continue une certaine existence. Le vivant doit respecter son repos, et même pourvoir à ce qu'il ne manque ni du vivre ni du couvert. Chez les Phéniciens, les morts deviennent des refaïm, comme chez les Hébreux. Il semble que primitivement ce mot s'appliquait à une classe de morts privilégiés, exactement comme le mot Mânes chez les Latins. La famille doit s'occuper du mort et, si elle y
(1) Cumont, Les religions orientales dans le paganisme romain, 2e éd., p. 177.
manque, celui-ci viendra la tourmenter. « Peur ou pitié, Tune et l'autre, si l'on veut, les offrandes attestent toujours que dans la pensée d'un indigène néolithique ou d'un Sémite en Canaan, les morts étaient des êtres atténués et besogneux, à la merci de la compassion ou de la générosité des vivants, qu'ils pouvaient bien peut-être molester pour aviver leur souvenir, mais sur lesquels ils n'avaient rien du pouvoir direct et efficace de divinités même du moindre rang (1). » C'est tout ce qu'on peut dire, dans l'état actuel de nos connaissances. Les inscriptions de Tabnit et d'Eshmounazar, trouvées à Sidon, insistent avant tout pour que le cadavre ne soit pas dérangé. C'est une « abomination pour Astarté » que d'ouvrir le sarcophage et des imprécations sont proférées contre le violateur des tombes.
12. De cet exposé des religions sémitiques, sans les Arabes et les Hébreux, il ressort que partout, sédentaires ou nomades, les Sémites se montrent profondément pénétrés par l'idée d'une nature supérieure à la nature humaine et se manifestant dans des êtres exceptionnels, les dieux et les déesses. Puissants par leur action sur le monde et sur la vie, bons et miséricordieux envers l'humanité misérable, justes et même sévères dans leurs exigences cultuelles, ils reçurent de leurs adorateurs toutes les marques de la vénération et de l'amour. On ne se résigna pas à laisser les dieux loin de l'humanité, on les localisa dans tel coin de terre, on les enferma dans tel objet sacré ou, du moins, dans le sanctuaire (bois sacré, haram, temples, naos). On choisit des hommes pour présider aux hommages publics qu'on rendait à la divinité, pour présenter à cette divinité les prières des profanes, pour être les intermédiaires entre l'humanité et la divinité dans l'offrande des biens de la terre et dans l'immolation des victimes expiatrices. Mais ces hommes religieux, prêtres et fidèles, n'arrivèrent pas à séparer du sol, du clan, de la cité, de l'État, la divinité particulière qu'ils y rattachaient. Ils ne conçurent pas un Dieu, le seul Dieu, s'occupant non seulement des fils de Moab ou d'Amman, de Tyr
(1) Vincent, Canaan, p. 289.