III. LES SÉMITES
ou de Garthage, de Babylone ou de Ninive, de telle ou de telle tribu, mais du monde entier. Ils confièrent à chaque dieu et à chaque déesse une parcelle de l'autorité divine, ils n'imaginèrent pas un être concentrant en lui seul la causalité et l'action universelles. Le monothéisme n'était pas au terme de leur évolution. Ils l'avaient perdu au cours des âges préhistoriques. Transportant dans les objets de leur adoration les tares qu'ils portaient en euxmêmes, ils s'ingénièrent à calmer les dieux vengeurs par l'offrande de victimes humaines et à imiter les déesses lascives par les rites obscènes des prostitutions sacrées. Par là, sans doute, ils reconnaissaient le droit des dieux sur toute vie et toute génération, ils oubliaient que la conscience humaine a en elle un fond de réserve et de pudeur, de pitié et de miséricorde, que la religion doit entretenir et non heurter de front. Mais, en même temps, les instincts pervertis qui coexistent avec ce fond de bonté et de moralité trouvaient leur compte dans les cultes grossiers et sanguinaires.
Aussi les Israélites, dépositaires du monothéisme, se sentaient-ils sollicités par les solennités « sous tout arbre vert » qui se célébraient sur leur propre sol. Il ne fallut pas moins que l'action des prophètes, secondée par celle des rois de Juda, pour soutenir la religion de Iahvé contre la poussée envahissante des pratiques babyloniennes, syriennes et cananéennes. Le royaume du nord ne résista pas à l'invasion, et les Samaritains devinrent les types des syncrétistes païens, eux qui adoraient le taureau d'Adad et qui donnaient asile aux divinités de Koutha et de Babylone. Le petit noyau de Juda devait garder la flamme sacrée de la révélation, l'emporter dans l'exil avec lui, le ramener dans sa patrie, jusqu'à ce que la venue du Christ lui donnât une vie nouvelle et, lui faisant franchir les frontières de la Judée, la répandît à travers le monde.
BIBLIOGRAPHIE(l) Bibliographie générale.
a) Sur les Sémites et leur histoire nous signalerons, parmi les ouvrages les plus récents, E. Meyer, Geschichte des Altertums, 2e éd., en cours de publication depuis 1907); Maspero, Histoire ancienne des peuples de VOrient classique (3 vol., 1895-1899); Lenormant et Babelon, Histoire ancienne de VOrient ; Hommel, Grundriss der Géographie und Geschichte des Alten Orients (1904); Barton, A sketch of semitic origins (1902); Me Curdy, article Sémites dans V extra volume de Hastings, A dictionary of the Bible. Monographies dans les encyclopédies ou dictionnaires de Hauck, Cheyne, Hastings, Vigouroux ; dans les Altorientalische Forschungen de Winckler. Tout récemment, J. de Morgan, Les premières civilisations (1909) : cf. Revue biblique, 1909, p. 605 sq.
b) Sur les religions sémitiques, Baudissin, Studien zur semitischen Religions geschichte (1876-1878); Bœthgen, Beitràge zur semitischen Religions geschichte (1888) ; Robertson Smith, Religion of the Sémites (1888-1889); Lagrange, Études sur les religions sémitiques, (2e éd., 1905). Monographies dans les encyclopédies citées ci-dessus, dans les nombreuses revues orientales ou sémitiques, dans les diverses publications de Clermont-Ganneau, Dussaud, de Vogué, etc
Bibliographie spéciale.
I. — 1. — Les principales sources pour la connaissance de la religion assyro-babylonienne sont les nombreux textes religieux, historiques, juridiques, exhumés par les fouilles en Assyrie, en Babylonie, en Élam, même en Egypte (El-Amarna) et en Cappadoce. L'histoire des fouilles dans Hilprecht, The excavations in Assyria and Babylonia. Principales publications de textes religieux : textes de la bibliothèque d'Ashourbanipal découverte à Ninive (Koyoundjik) dans Rawlinson, The cuneiform inscriptions of Western Asia, dans Cuneiform texts from babylonian tablets, etc. (Pinches, King, Thompson) dans diverses publications de Boissier, Craig, Haupt, Knudtzon, Kùciiler, Smith, Tallquist, Virolleaud, Zimmern ; textes découverts en Chaldée et maintenant au Louvre, publiés par Amiaud, Heuzey, et Fr. Thureau-Dangin; textes découverts à Suse, publiés par V. Scheil ; textes du musée de Berlin par Delitzsch, Ungnad, Messerschmidt, Peiser, Winckler ; textes
(1) Voir la note explicative pour la «Bibliographie» de l'Introduction, p. 47.