IV. IRANIENS ET PERSES
à tous ses actes; 2. Asha Vahista,«\dL plus parfaite justice»; 3. Khshatra Vairya, « la désirable seigneurie » ou le règne de la volonté divine » ; 4. Spenta Armaiti, la sainte humilité ou « la bienfaisante dévotion » ; 5. Haurvatât, l'intégrité, la santé ; 6. Amretât, « l'immortalité ». Tantôt Ormazd est compté en tête de liste, et le nombre de sept se trouve ainsi complet, tantôt il est compté en dehors des Ameshas Spentas; dans ce cas, pour parfaire le nombre sept, on ajoute Sraosha, « l'obéissance », qui appartient réellement au groupe des Yazatas.
Les Ameshas Spentas, s'il fallait en juger d'après leurs noms, seraient des attributs divins, ou des sortes d'éons intermédiaires entre Ormazd et sa création. Vohu Manô fait bien figure de Logos. Si l'on y regarde de plus près, on constate que ces êtres spirituels et même abstraits sont singulièrement matériels sous d'autres aspects. Ils sont, en général, conçus comme des êtres personnels. Vohu Manô est mâle, Spenta Armaiti est femelle. Il n'y a guère que Haurvatât et Amretât qui soient des concepts philosophiques. Les Ameshas Spentas président à quelque partie de la création physique et morale. Vohu Manô est la sagesse d'Ormazd, mais il est également le génie du bétail, et son nom sert à l'occasion à désigner le bétail ou même la peau d'un animal (Lehmann). Asha Vahishta est l'ordre universel, la justice absolue, c'est le surveillant de l'enfer; mais c'est aussi le génie du feu. Khshathra Vairya est le règne de Dieu, mais aussi le génie des métaux; il indique toute espèce de métal ou d'objet en métal, un couteau par exemple. Spenta Armaiti est une vertu morale, mais aussi le génie de la terre. Il n'est pas jusqu'aux deux derniers qui ne président aux eaux, à la croissance des plantes, à la santé des humains. Et chacun d'entre eux a des auxiliaires matériels, des symboles matériels ; des animaux, des fleurs leur sont plus particulièrement consacrés : Vohu Manô a ainsi pour auxiliaires parmi lesYazatas la lune, le taureau et Rama; son oiseau sacré est le coq, sa fleur est le jasmin blanc.
Mais le plus vivant des Ameshas Spentas est un Yazata introduit dans leur groupe pour des motifs de symétrie : c'est Sraosha. Il est « d'abord un dieu-prêtre : c'est lui
qui le premier a disposé les brindilles du sacrifice (baresman), récité les Gâthâs, sacrifié aux Ameshas Spentas. » Il est aussi le messager des dieux, celui qui prépare le sacrifice ou annonce le sacrifice préparé ; outre ces fonctions sacerdotales, il est une sorte d'Hermès psychopompe. Il guide les morts dans leur voyage vers la vie future ; de plus il assiste à leur jugement. Dans la nature, il est le protecteur desMazdéens, l'archange qui combat pour Mazda contre les démons. La lutte est sans trêve et ne se terminera qu'aux derniers jours. Quand Sraosha aura définitivement écrasé les monstres démoniaques et en particulier Aêshma-Daevâ, le démon de la concupiscence (comp. l'Asmodaïos du livre de Tobie), Ormazd pourra inaugurer le règne de la perfection et ouvrir le ciel aux élus.
3° Les Yazatas. Nous voici introduits dans un monde d'Jtres inférieurs aux Ameshas Spentas, mais plus agissants qu'eux et qui paraissent occuper, sinon dans le système religieux avestique savamment et rigoureusement hiérarchisé, au moins dans la dévotion du populaire mazdéen, une place plus importante. La terminologie liturgique les mêle d'ailleurs plus d'une fois au septénaire sacré des Ameshas Spentas auxquels ils sont cependant, en principer subordonnés. On ne peut énumérer les Yazatas, qui sont innombrables. Voici seulement les plus importants :
a) J\iithra, « fidélité, serment », le gardien des engagements et des contrats. Il n'est pas positivement, dans le système avestique, le dieu solaire, mais il est le précurseur du soleil, le dispensateur de la lumière. En cette qualité, il est « envers les siens essentiellement bienveillant. L'abondance, la force, la victoire, la prospérité, le bien-être spirituel, la bonne renommée, la sagesse et la sainteté, tels sont les dons qu'on ne lui demande jamais en vain (1). » Il est aussi le juge des hommes. Les Yashts le représentent sous une forme juvénile. Ce n'est pas le lieu de décrire ici son évolution vers la suprématie divine. Le mithraïsme, dont on exposera l'histoire dans un autre chapitre, dérive bien de l'Avesta, mais
(1) Lehmann, dans Chantepie de la Saussaye, Manuel d histoire des religions, trad. fr., p. 456.