XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES
des esprits portés aux spéculations philosophiques, mais les formules les plus sublimes ne placeront pas le Christ plus haut que ne le faisait la simple piété des premiers fidèles.
33. Jésus n'était pas seulement objet de foi, il était encore objet d'espérance. On vivait dans le sentiment de sa présence mystique, mais aussi dans l'attente de son retour glorieux, de la parousie. Une formule araméenne : Maranatha, dont le sens est : « le Seigneur vient » ou « viens, Seigneur », était familière aux premiers chrétiens pour exprimer leur désir et leur attente confiante de la venue du Christ. On croyait que cette venue était proche. Jésus sans doute n'avait donné à ce sujet aucune indication précise, mais on interprétait certaines de ses paroles comme si la génération qui l'avait connu durant sa vie terrestre devait être également témoin de son retour. Aussi vivait-on dans le sentiment qu'on n'avait ici-bas qu'un établissement provisoire, non point une demeure permanente, et le détachement des choses terrestres qui résultait de cette croyance était poussé parfois si loin qu'il entraînait des abus contre lesquels les apôtres durent mettre les fidèles en garde. C'est ainsi que saint Paul, qui paraît avoir considéré lui aussi la fin du monde comme prochaine, dut rappeler aux Thessaloniciens l'obligation du travail. Mais, à mesure que le siècle s'avançait, l'espérance de voir le retour du Seigneur s'éloignait, et dans la seconde épître aux Corinthiens saint Paul envisage la possibilité de mourir avant la parousie. L'espérance chrétienne n'était point ébranlée pour autant, et l'on ne cessait point d'avoir foi dans le règne glorieux du Christ. Cette espérance avait seulement changé de caractère : de collective elle était devenue individuelle, et l'on acceptait, on désirait même la mort comme le moyen d'être réuni au Christ, en attendant sa manifestation et son triomphe à la fin des temps.
34. La croyance à la proximité de la parousie ne faisait pas négliger aux premiers chrétiens le devoir de sanctifier la vie terrestre. On se préparait au retour du Christ en menant une vie sainte, consacrée au service de Dieu. Les principes de morale très élevée formulés par Jésus étaient la règle de conduite strictement observée par ses
fidèles, aussi bien dans les rapports sociaux que dans la vie personnelle. Les apôtres rappelaient, avec l'autorité qu'ils tenaient de Jésus lui-même, les devoirs imposés par la profession chrétienne, ils faisaient l'application des principes de l'Évangile aux situations nouvelles et aux besoins nouveaux, et les exhortations morales que contiennent les épîtres de saint Paul, même les plus dogmatiques, montrent assez quel souci ils avaient de maintenir dans les Églises qu'ils avaient fondées et qu'ils dirigeaient l'esprit de Jésus-Christ et la conformité parfaite à ses enseignements.
Ce qui frappait le plus les Juifs dans la première communauté chrétienne de Jérusalem, c'était l'esprit de fraternité qui régnait entre tous ses membres. Les Actes des Apôtres insistent sur ce trait comme sur le plus caractéristique : « La multitude des fidèles n'avait qu'un cœur et qu'une âme. » La charité mutuelle assurait à tous les « frères » ce dont ils avaient besoin. Les pauvres ne manquaient pas, car ce fut sans doute parmi les petites gens que l'Évangile gagna ses premiers adeptes, mais les convertis fortunés prenaient soin des indigents. Sans qu'on ait sans doute jamais pratiqué un communisme intégral, sans qu'il y ait lieu par conséquent de supposer dans i 'Église primitive une imitation de l'organisation des communautés esséniennes, ceux qui possédaient des biens les considéraient comme affectés au service de tous, et mettaient leurs ressources à la disposition des chefs de l'Église. Les diacres furent précisément choisis pour assurer de façon régulière le service des pauvres, et en décharger les apôtres dont la fonction principale était la prédication. Cette fraternité des premiers chrétiens se manifestait aussi dans les réunions pour la prière et la « fraction du pain ». Ces réunions eurent d'abord un caractère presque familial : les membres de la communauté se rassemblaient chez un des frères, on priait ensemble, puis on prenait le repas eucharistique, où l'on renouvelait ce que Jésus avait fait la veille de sa mort, et où le Christ, se rendant présent à chacun des fidèles par la communion, resserrait ainsi le lien mystique qui les unissait. Plus tard sans doute ces repas en commun entraînèrent des abus, comme en