‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 102 sur 306 · XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

témoigne la première épître de saint Paul aux Corinthiens ; il fallut les réglementer, faire disparaître tout ce qui pouvait leur donner un caractère profane, mais l'eucharistie, réduite à la communion liturgique au « repas du Seigneur», n'en demeura pas moins le symbole et le gage efficace de l'union fraternelle entre les disciples du Christ, comme elle était la réelle participation au corps immolé sur la croix pour eux tous.

35. Un autre trait caractéristique de la vie religieuse dans l'Eglise primitive, c'étaient les manifestations extraordinaires de l'Esprit-Saint. Ces dons spirituels, ces charismes, étaient la suite ordinaire de l'initiation chrétienne par le baptême et l'imposition des mains : ce qui s'était passé pour les disciples qui avaient reçu l'Esprit-Saint au jour de la Pentecôte se renouvelait sous des formes diverses pour les nouveaux convertis. Chez les apôtres, l'action de l'Esprit se révélait par le don des miracles. Chez les simples fidèles, c'était la glossolalie, sorte de langage extatique, la prophétie, ou la connaissance surnaturelle des mystères de la foi. Ces charismes se manifestaient au cours des réunions chrétiennes pour l'édification et l'affermissement des frères. Mais il arriva parfois que ces dons spirituels devinrent une occasion de trouble, et, comme pour la célébration de l'eucharistie, il fallut que l'autorité apostolique intervînt pour les discipliner.

Cette réglementation du culte et même de l'inspiration personnelle des fidèles montre en exercice l'autorité prépondérante dont jouissaient les apôtres dans l'Église primitive. Le groupe des Douze, complété par saint Matthias qui remplaçait Judas, était le centre de la première communauté à Jérusalem, et saint Pierre y exerçait l'autorité d'un véritable chef, présidant les réunions, prenant la parole pour annoncer l'Évangile ou pour se défendre, lui et ses frères, devant les autorités juives. Les apôtres agissaient comme les représentants du Christ invisible : c'est en son nom qu'ils parlaient, c'est en vertu de son autorité qu'ils tranchaient les conflits qui pouvaient s'élever, et l'épisode d'Ananie et de Saphire nous montre saint Pierre jugeant et condamnant au nom de Dieu

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même les frères coupables. Plus tard les missionnaires de l'Évangile, quand ils avaient fondé une communauté nouvelle, en demeuraient les véritables chefs : ils établissaient seulement pour la diriger et l'administrer en leurabsence un groupe d'anciens (presbytres). Mais ces presbytres n'étaient que les auxiliaires et les représentants de l'apôtre, qui gardait l'autorité supérieure : ses enseignements étaient la règle de foi à laquelle on se référait, et on recourait à lui dans toutes les difficultés qui pouvaient survenir. Certains critiques ont supposé que ce type primitif d'organisation des communautés chrétiennes avait été établi sur le modèle des associations religieuses qui existaient dans le paganisme. Mais les analogies qu'on allègue à l'appui de ce sentiment sont tout extérieures, et il est beaucoup plus naturel de penser que les groupes de chrétiens se sont inspirés d'abord dans leur organisation des synagogues juives, avec lesquelles ils présentent de grandes ressemblances.

36. Cette hypothèse est d'autant plus vraisemblable que les premiers convertis au christianisme furent des Juifs, Juifs palestiniens et Juifs hellénistes, et que même la société qu'ils formaient ne se détacha pas immédiatement du judaïsme. Un observateur superficiel pourrait croire en effet que le christianisme primitif constituait non point une nouvelle religion, mais simplement une sorte de secte ou de confrérie juive, ne différant du judaïsme officiel que par l'exaltation de l'attente messianique et par une piété moins formaliste. De fait les membres de la communauté de Jérusalem continuaient à s'associer au culte juif, ils prenaient part aux cérémonies du Temple et observaient .scrupuleusement la Loi. Il y avait sans doute des rites spécifiquement chrétiens, dont le baptême conféré au nom de Jésus et la « fraction du pain » étaient les principaux, mais ils pouvaient s'ajouter facilement aux pratiques du judaïsme. Les apôtres eux-mêmes ne paraissent pas s'être rendu immédiatement compte de l'incompatibilité foncière qui •existait entre le judaïsme, religion essentiellement nationale qui ne connaissait d'autre autorité religieuse que la Loi, et l'Évangile, qui s'adressait à tous les hommes et qui, plaçant Jésus au-dessus de la Loi, le considérait comme le

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