XII. LES ORIGINES CHRETIENNES
seul principe du salut. Très attachés à leur nation, ils gardaient l'espérance d'amener bientôt au Christ tous les enfants d'Israël ; on étendrait ensuite aux Gentils la prédication de l'Évangile. Ainsi « l'agrégation au christianisme était conçue comme une incorporation à un Israël élargi, mais au fond identique à lui-même (1), » plutôt que comme l'entrée dans une société religieuse absolument nouvelle. Mais l'Évangile que prêchaient les apôtres était trop dégagé de tout particularisme de race et de nation pour ne pas briser très vite le cadre étroit de la communauté judéo-chrétienne. Bientôt les disciples du Christ, en butte à l'hostilité des autorités juives, durent se disperser, l'Évangile fut prêché non plus seulement aux Juifs palestiniens imbus de l'esprit du pharisaïsme, mais aux Juifs hellénistes qui, ayant subi l'influence de l'esprit grec, étaient moins strictement attachés aux observances légales ; des païens eux-mêmes furent convertis par la prédication apostolique et demandèrent à être agrégés à la communauté chrétienne. Dès lors on dut préciser le rapport du christianisme et du judaïsme. Ce ne fut pas sans des luttes vives et prolongées que les conséquences pratiques du principe de liberté contenu dans l'enseignement de Jésus furent acceptées unanimement dans l'Église. Il y eut longtemps des tendances divergentes. Les uns, qui avaient moins bien compris sur ce point l'esprit de l'Évangile, ne concevaient pas facilement que l'agrégation à la société chrétienne n'entraînât pas l'obligation de se soumettre, sinon à toutes, du moins aux principales observances du judaïsme. D'autres qui, en raison de leur origine juive, continuaient à se considérer comme personnellement assujettis à la Loi, admettaient volontiers que les chrétiens d'origine païenne n'eussent pas les mêmes obligations, et « se réjouissaient toutes les fois qu'ils avaient l'occasion de constater un christianisme vivant, même si celui-ci se manifestait en dehors des formes judaïques (2). » Ce fut la mission propre de saint Paul de tirer les conséquences dernières de
(1) Duchesne, Hist. ancienne de V Église, t. i, p. 37.
(2) Von Dobschiitz, L'âge apostolique, trad. Breitenstein, p. 23.
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la donnée centrale de l'Évangile : Jésus est le seul principe du salut, et, en achevant de dégager la société chrétienne des formes extérieures du judaïsme, de l'implanter définitivement dans le monde grécoromain.
Saint Paul
37. La personnalité de saint Paul nous est, grâce à ses épîtres, mieux connue que celle des autres apôtres. On pourrait être tenté, par suite de cette abondance de documents, de lui attribuer une part exagérée dans le développement chrétien : certains historiens ne vont-ils pas jusqu'à voir en lui le véritable fondateur du christianisme ? Le fait même que ses lettres ont été conservées avec tant de respect et nous sont parvenues en nombre relativement considérable, est sans doute une preuve que saint Paul occupait une place exceptionnellement importante dans l'Église primitive. Il serait pourtant excessif de ne voir que lui dans la première partie de l'âge apostolique, de l'isoler des autres missionnaires de l'Évangile, à plus forte raison de l'opposer à eux comme si son apostolat avait été essentiellement différent du leur. Saint Paul, il est vrai, pensait bien avoir une mission spéciale, il prêchait son Évangile, qui était fondé en partie sur des révélations personnelles, mais sa doctrine ne s'en rattachait pas moins intimement à celle des Douze. A cet égard il ne faudrait pas que ses épîtres fissent illusion : on ne doit pas oublier qu'elles ne nous font connaître en réalité qu'un côté de l'enseignement de saint Paul, car elles s'adressent à des fidèles déjà initiés à l'Évangile, que l'apôtre s'efforce seulement d'amener à une intelligence plus profonde du mystère chrétien, et par suite elles supposent un enseignement préalable plus élémentaire qui devait rappeler beaucoup, pour le fond et pour Ja forme, la prédication apostolique commune.
Ce qui, sous ce rapport, distingue saint Paul des autres apôtres, et lui fait une place à part dans l'histoire du dogme