‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 104 sur 306 · XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

catholique, c'est qu'on peut dire de lui qu'il a été, dans l'Église chrétienne, le premier théologien au sens propre du mot. Il y avait avant lui un ensemble d'idées, qui formaient le fond de la prédication des apôtres : il a été Je premier à faire de ces vérités dogmatiques et morales un corps de doctrines, groupées en une puissante unité autour de quelques idées maîtresses. Certes l'attitude de saint Paul est bien différente de celle du philosophe qui élabore un système dans un intérêt purement spéculatif, sa doctrine n'est point constituée par un enchaînement d'abstractions, elle est faite de réalités vécues ; même dans ses parties les plus métaphysiques, elle ne se détache pas de la vie religieuse, dont elle vise à être l'aliment, et elle demeure toute pénétrée de l'esprit de l'Évangile. Mais si la théologie de saint Paul n'est pas à proprement parler un système, elle est néanmoins la première synthèse du christianisme, synthèse édifiée non point d'un seul coup, mais peu à peu à la lumière de l'inspiration divine et selon les nécessités de l'apostolat, en partant de quelques idées fondamentales qui, révélées à l'apôtre dès le début, dominèrent constamment sa pensée et en commandèrent tout le développement.

Le tempérament intellectuel de saint Paul, son éducation auprès des docteurs juifs le prédisposaient à donner à l'Évangile cette forme théologique. Il y fut amené aussi par des causes extérieures : d'une part les discussions avec les Juifs et les chrétiens judaïsants l'obligèrent à exposer dans sa signification profonde et à développer avec toutes ses conséquences la donnée fondamentale de la prédication apostolique, le salut par le Christ seul ; d'autre part il fallut satisfaire aux exigences des Grecs convertis du paganisme, à qui l'idée juive du Messie ne suffisait pas comme expression de la personne et de l'œuvre de Jésus, et qui avaient besoin, en raison de leurs habitudes d'esprit, que leur religion fût en même temps une philosophie de l'histoire et du monde. Par sa double culture, juive et grecque, saint Paul était admirablement préparé à réaliser cette synthèse du judaïsme et de l'hellénisme dans la lumière de la révélation nouvelle apportée par le Christ. Sa théologie grandiose, développement de l'Évangile, en

présentant Jésus non pas seulement comme le Messie promis à Israël, en qui le judaïsme trouvait son achèvement, mais comme le centre de la création et le centre de l'histoire humaine, assura au christianisme une pleine universalité.

L'œuvre de saint Paul pose l'une des questions les plus importantes qu'ait à envisager l'historien du christianisme primitif. Il peut se demander en effet dans quel rapport se trouve la doctrine de l'apôtre avec l'Évangile de Jésusr et si des idées étrangères empruntées soit aux spéculations rabbiniques, soit à la philosophie grecque, soit même aux divers cultes du paganisme, n'y ont pas recouvert presque complètement les données de la tradition apostolique. Avant d'aborder l'examen de ce problème, il est nécessaire, sinon d'exposer complètement la théologie de saint Paul, du moins d'en dégager les idées dominantes.

38. On peut prendre comme centre de la doctrine de saint Paul l'idée du salut apporté à tous les hommes par Jésus. C'est cette vérité fondamentale qui lui fut révélée dans l'apparition du chemin de Damas, et qui lui fournit le point de vue d'où son regard, se portant sur toutes choses, saisit l'unité du plan divin. L'humanité lui apparut avant le Christ toute plongée dans la corruption, conséquence de la faute d'Adam : Juifs et païens étaient également esclaves du péché, livrés à Satan, voués à la mort. La Loi elle-même, quoique juste et sainte, n'était pas pour les enfants d'Israël un principe de salut, car elle montrait le devoir, mais sans donner la force de l'accomplir. Le seul avantage que possèdent les Juifs, c'est qu'ils sont les dépositaires de la promesse du Messie faite à Abraham ; mais de cette promesse ils ne doivent pas se considérer d'ailleurs comme les seuls héritiers, tous ceux qui imitent Abraham dans sa foi font partie de l'Israël spirituel constitué par l'élection mystérieuse de Dieu, et ont part au salut opéré par le Christ. Maintenant donc que Jésuspar sa mort a abrogé la Loi, il n'y a plus ni Juifs, ni Gentils. Le salut est offert à tous les hommes, et pour tous il n'y a qu'un seul moyen de s'affranchir du péché : la participation par la foi à la mort et à la résurrection du Fils de Dieu.

Dès lors les pratiques du judaïsme n'ont plus aucune

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