‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 105 sur 306 · XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

valeur au point de vue du salut. Qu'on s'y soumette provisoirement, par condescendance pour les chrétiens venus du judaïsme et restés attachés à ses observances, saint Paul ne s'y oppose nullement : lui-même, voulant se faire tout à tous, donne en certaines circonstances l'exemple de cette soumission ; mais les présenter comme une condition nécessaire de la profession du christianisme, •c'est oublier que le Christ a inauguré le règne de la grâce et substitué à la servitude de la Loi la liberté de l'Évangile. La foi et non la Loi, voilà donc le principe de la justification : la foi qui nous fait entrer en communion •de la justice et des mérites du Christ, qui nous fait, pour ainsi dire, participer à sa vie. D'ailleurs cette foi qui justifie n'est point simplement une adhésion de l'esprit à l'enseignement de Jésus, et à la réalité de sa mission de Sauveur, c'est un don total de soi-même à Dieu et au Christ, don « par lequel le chrétien aspire à abdiquer sa vie propre pour se confondre avec une vie étrangère, idéale et réelle à la fois, qui lui sert de principe, d'exemplaire et de loi (1). »

Jésus est donc l'unique médiateur entre Dieu et les hommes, et sa mort sur la croix apparaît à saint Paul •comme le centre de l'histoire religieuse de l'humanité. En elle se résume et se concentre l'action salutaire du Christ. L'apôtre ne néglige point sans doute le rôle de Jésus comme docteur, comme révélateur du Père, mais c'est surtout dans sa mort sur la croix qu'il voit l'acte essentiel de sa mission de Sauveur. La croix, scandale pour les juifs, folie pour les Gentils, s'est révélée à Paul dans la lumière surnaturelle de la vision de Damas •comme l'instrument du salut, le moyen par lequel Dieu a voulu se réconcilier le monde ; aussi ne veut-il plus connaître que Jésus crucifié. Jésus sur la croix souffre et meurt comme le représentant de l'humanité ; s'étant volontairement substitué à nous, il est notre victime, sa mort est notre rachat. Nouvel Adam, il a réparé, et au delà, la faute du premier : de même qu'Adam avait été principe

1) Tobac, Le problème de la justification dans saint Paul, p. 234.

de mort pour ses descendants, Jésus est principe de vie surnaturelle pour ceux qui s'attachent à lui par la foi, et c'est comme un homme nouveau qui est ainsi créé dans la justice et dans la vérité. Et l'homme n'est pas seul à être relevé par le Christ, la création tout entière, déviée de sa fin par le péché, est elle-même rétablie dans l'ordre primitif et dans la paix.

39. Cette idée de la médiation universelle du Christ montre déjà clairement quelle signification éminente saint Paul attribue à la personnalité de Jésus, et à quelle hauteur il le place par rapport soit à l'humanité, soit à l'ensemble du monde. Des déclarations telles que celles-ci. jetées en passant au cours d'un développement contre l'idolâtrie : « Pour nous, il n'est qu'un Dieu, le Père, de qui tout vient, et pour qui nous sommes ; et qu'un Seigneur Jésus-Christ, par qui tout est et par qui nous sommes » vont plus loin même que l'idée de rédemption, et, attribuant au Christ un rôle dans la création, elles supposent entre Dieu et lui le rapport le plus étroit. Des textes de ce genre se rencontrent dans toutes les épîtres de saint Paul, dans les plus anciennes comme dans les dernières qu'il écrivit. Aussi n'y a-t-il pas de raison de supposer que l'idée qu'il se faisait du Sauveur se soit substantiellement modifiée entre le début et la fin de son apostolat : dès l'instant de la conversion de Paul, Jésus était tout pour lui. Ce qui est vrai, c'est que ses méditations personnelles, les nécessités de la prédication à des Grecs formés aux spéculations philosophiques, la lutte même contre les déformations que des esprits aventureux risquaient de faire subir à la tradition apostolique, l'amenèrent à approfondir davantage les simples formules de la foi primitive, à en pénétrer mieux le sens sous la lumière de l'inspiration divine, et à élaborer enfin toute une christologie, dont les épîtres plus récentes (aux Philippiens, aux Colossiens et aux Ëphésiens) contiennent, sinon un exposé systématique, du moins une expression fragmentaire qui permet de se rendre suffisamment compte de la pensée de l'apôtre.

Le trait caractéristique de cette christologie, c'est l'affirmation très nette de la préexistence du Christ. Avant de paraître sur la terre « dans la forme d'esclave », il

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