‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 107 sur 306 · XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

est la tête, qui dirige tous les organes et maintient entre eux l'harmonie, l'Esprit-Saint en est l'âme, principe de cohésion, de mouvement et de vie. L'Église est donc le complément et comme le prolongement de la personne de Jésus; par elle le Christ invisible continue à agir dans le monde. Cette image met surtout en évidence l'unité foncière de la société chrétienne, dans la diversité des races et des conditions et aussi dans la hiérarchie des fonctions : « Ayez soin de conserver l'unité de l'esprit dans le lien de la paix : un seul corps et un seul esprit... un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous les hommes, qui est au-dessus de tous, agit par tous, réside en tous. »

De cette unité les sacrements sont les signes efficaces. Le baptême signifie et opère l'incorporation du fidèle au Christ mystique, il le rend participant de la vie qui. émanant du Christ, chef de l'Église, circule dans tous ses membres, et il est ainsi le fondement de l'unité chrétienne, « car tous nous avons été baptisés en un seul esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et tous nous avons été abreuvés d'un même esprit. » L'eucharistie présente un semblable caractère. En même temps qu'un sacrifice commémoratif de la mort rédemptrice de Jésus, elle est une communion des fidèles au corps et au sang du Christ, et ceux-ci, participant au même pain, ne forment également qu'un seul corps.

Enfin cette union intime des chrétiens entre eux et avec le Christ trouvera sa consommation après la résurrection des morts, quand le Christ ayant achevé son œuvre, ayant triomphé de ses ennemis, se soumettra à Dieu son Père et lui soumettra en même temps toute l'humanité pour ainsi dire concentrée en sa personne, afin qu'éternellement « Dieu soit tout en tous. » Ainsi sera réalisée l'unité suprême qui, dans la pensée de saint Paul, est la fin de toute la rédemption et le terme dernier de l'œuvre du Christ.

42. Lorsqu'on rapproche la doctrine de saint Paul de l'enseignement de Jésus, tel sartout que nous le connaissons par les évangiles synoptiques, la première impression, on ne saurait le nier, est celle d'une profonde différence, et cette impression s'accentue encore lorsque, au lieu

de s'en tenir aux grandes lignes de la théologie paulinienne, on suit dans le détail les développements que l'apôtre donne à sa pensée et les raisonnements sur lesquels il l'appuie. Frappés de ce contraste apparent entre saint Paul et Jésus, sous lequel ils n'ont pas su reconnaître l'identité foncière de doctrine et d'esprit, un certain nombre de critiques ont soutenu, après Baur, que le christianisme de saint Paul est essentiellement différent de l'Évangile authentique de Jésus, et que l'influence de l'apôtre a été la cause d'une déviation dans le mouvement religieux inauguré par Jésus. Ils insistent principalement sur les points suivants : saint Paul, disent-ils, n'attache que peu d'importance, à la vie terrestre de Jésus, son Christ est un être céleste, presque mythologique, plutôt qu'un personnage vraiment humain ; de plus certaines idées essentielles de la prédication de Jésus, le royaume de Dieu par exemple et le messianisme, n'ont à peu près aucune place dans la théologie paulinienne qui a pour centre des conceptions toutes différentes; enfin, ajoute-t-on, saint Paul, par son enseignement sur le rôle de la Loi, a répudié absolument le judaïsme, tandis que Jésus se proposait simplement de réformer la religion juive traditionnelle, non de fonder une religion nouvelle.

Sans entrer dans le fond même de la question, il faut noter d'abord que saint Paul n'a certainement pas soupçonné cette prétendue opposition entre sa doctrine et celle de Jésus : jamais il ne s'est donné comme un novateur, mais simplement comme le disciple et l'apôtre de Jésus, n'ayant d'autre règle de sa croyance et de son enseignement que l'enseignement du Maître tel qu'il le connaissait par la tradition apostolique et par révélation personnelle. Sur certains points importants, il prend soin .de signaler la conformité de sa doctrine avec celle des Douze ; le seul élément nouveau de son évangile, et qui était l'objet particulier de sa mission, c'était l'affirmation du droit des païens à entrer dans la société chrétienne sans être astreints aux prescriptions de la Loi juive. Si l'on songe d'ailleurs aux circonstances et aux conditions dans lesquelles saint Paul exerça son apostolat, on ne peut que juger invraisemblable l'hypothèse d'une

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