XI. LA RELIGION D ISRAËL
la moralité proprement dite que les récits génésiaques nous fournissent le plus de données. L'adultère (Gen., xn, 14-17 ; xx, 3, 9 ; xxvi, 10), l'inceste, sous les diverses formes qu'il peut revêtir avec la polygamie (Gen., xxxv, 22 ; xlix, 4) ; l'inceste même involontaire (Gen., xxxviii, 14-19), sont sévèrement condamnés et punis; l'histoire de Sodome témoigne aussi de l'horreur qu'inspiraient les crimes contre nature (Gen., xix). La séduction d'une vierge est encore une faute particulièrement grave (Gen., xxxiv) ; l'honneur de la vierge est à ce point sacré que, bien qu'il y ait eu erreur de personne, ses relations avec Lia obligent Jacob à l'épouser (Gen., xxix, 21-30). Si déshonorante pour sa famille est la prostitution d'une femme que, pour une telle faute, Juda veut faire brûler vive Thamar, sa belle-fille (Gen., xxxviii, 24). Quant à la simple fornication (Gen., xxvi, 10), aux rapports avec les prostituées vulgaires (Gen., xxxviii, 15, 16), ce sont choses traitées avec beaucoup plus d'indulgence.
Tels sont les renseignements directs que la Bible nous fournit sur la religion des patriarches. Nul doute qu'ils ne soient incomplets : nous rencontrons, dans la suite, des usages dont les racines plongent en ces temps reculés. Au moins le grand nombre de ces données sont-elles auj ourd'hui prises au sérieux par beaucoup de critiques et traitées comme fournissant une idée d'ensemble exacte et assez complète de la vie de ces grands nomades qui portaient en eux les destinées religieuses de l'humanité.
La révélation du Sinai et la religion du désert
25. Lorsque, poussées par les hasards de la migration, les tribus patriarcales arrivaient dans le sud de Canaan, le chemin de l'Egypte s'ouvrait devant elles. A diverses reprises déjà, elles s'y étaient engagées pour trouver un remède contre la famine. On sait quelles circonstances y amenèrent Joseph : « L'Egypte toujours ouverte au commerce et à l'immigration asiatique était beaucoup
plus accessible encore aux Sémites, depuis qu'une poussée violente de cette race, culbutant les derniers restes de l'empire memphite, avait fondé en face des premières dynasties thébaines une dynastie sémitique, dont la prospérité devait durer probablement plusieurs siècles. Aussi n'y a-til pas la moindre surprise à trouver dans la Bible les Patriarches sur les routes de l'Egypte. Les caravanes qui s'y acheminent pour leur trafic, venues d'un point quelconque de l'Orient et faisant halte à Dotân pour acheter au passage un Hébreu à revendre avec profit chez le Pharaon toujours à court d'esclaves pour son service ou ses ambitieux travaux, devaient être encore mieux accueillies qu'au temps jadis sur les marchés égyptiens. Les princes usurpateurs avaient tout intérêt à développer au sein de leur conquête l'influence de leur race (1). »... « On ne saurait par ailleurs arguer d'aucune invraisemblance dans la tradition biblique livrant l'Egypte au bon plaisir d'un ministre favori, l'hébreu Joseph, fils de Jacob... Beaucoup plus avant dans l'histoire, au cœur même de la XIXe dynastie, après la réaction violente de l'Egypte contre l'Asie, les exemples ne sont pas rares de Syriens de fortune qui président aux destinées de l'Egypte par la faiblesse de monarques décrépits, ou avec la connivence d'un prince préoccupé de réagir contre les ambitieuses menées d'une féodalité turbulente (2). » Joseph n'était qu'un précurseur : poussés par la famine, les divers clans de la famille d'Abraham, fortement agrandie, arrivèrent les uns après les autres dans la vallée du Nil et occupèrent en Gessen un territoire qui « aujourd'hui encore est un de ceux qui reçoivent le plus souvent la visite des nomades (3). » Ils y jouirent longtemps de l'hospitalité libérale des Égyptiens, jusqu'au jour où survint un Pharaon qui ne connaissait pas Joseph (Ex., i, 8) et qui fit peser sur les Hébreux les plus rudes corvées (Ex., i, 9-14). C'est alors que prit place l'acte de la miséricorde et de la
(1) H. Vincent, Canaan d'après l'exploration récente, p. 436, 437.
(2) Ibid., p. 448, 449.
(3) Ibid., p. 448, citation de Maspero, Histoire des peuples de r Orient classique, I. ri, p. 71.