XI. LA RELIGION D ISRAËL
puissance divine le plus célèbres dans l'histoire d'Israël.
26. Chose étrange ! le personnage qui devait jouer un rôle si capital dans la délivrance d'Israël ne tient qu'une place secondaire dans la plus grande partie de la littérature hébraïque ; on ne le trouve guère mentionné que dans quelques rares textes des prophètes (Is., lxiii, 11, 12 ; Jer., xv, 1 ; Mi., vi, 4 ; Mal., m, 22) et des psaumes (Ps. lxxvii, 21 ; xcix, 6 ; cv, 26). Néanmoins aucun critique digne de ce nom ne met en doute l'existence de Moïse, et presque tous les historiens sont d'accord pour dire que l'ensemble de faits qui se rattachent à l'Exode supposent la présence et l'action d'une personnalité très puissante. Il n'y a aucune raison non plus de rejeter la donnée du document élohiste qui fait de Moïse un membre de la tribu de Lévi (Ex., n, 1). Aujourd'hui enfin, beaucoup d'exégètessont revenus d'anciens errements pour admettre, à côté de Moïse, l'assistance d'Aaron et de Marie, et pour attribuer au premier un rôle, secondaire il est vrai, mais encore très important dans les origines religieuses d'Israël.
27. Abstraction faite de quelques allusions renfermées dans les autres livres de l'Ancien Testament, c'est des quatre derniers livres du Pentateuque qu'il faut extraire l'histoire de la sortie d'Egypte et des migrations du désert. Outre les documents yahwiste, élohiste et sacerdotal, que nous avons distingués à propos de la Genèse, une autre source est constituée par le Deutéronome lui-même. Les trois premiers documents fournissent, à partie inégale, la trame des récits d'Ex., i-xix, de Num., x-xvi, xx-xxv, de Deut., xxxiii, xxxiv. La partie légale de l'Élohiste est renfermée dans le Code de l'alliance (Ex., xx, 1-xxiv, 8) : celle du Yahwiste dans Ex., xxxiv, 1-28. Au Code sacerdotal on attribue, avec les lois et récits d'Ex., xxv-xxxi, xxxiv, 29-xl, tout le Lévitique, les dénombrements et les lois qui constituent la plus grande partie des Nombres. Le Deutéronome renferme, avec beaucoup d'exhortations, des prescriptions que le peuple devra observer en Palestine. La question de l'origine de ces sources (1) a plus d'importance pour
(1) L'on n'ignore pas tous les problèmes qui se rattachent à l'origine de ces documents. Aux yeux des critiques non catholiques
les parties légales que pour les récits. En tout cas, les grandes lignes de l'histoire, telle que nous avons à la
le Yahwiste et l'Élohiste ne remonteraient pas, dans leur état actuel, au delà du ixe siècle, et Userait difficile, soit de reconnaître les sources qu'auraient utilisées leurs rédacteurs, soit de leur assigner une date. La composition du Deutéronome serait de peu de temps antérieure à sa découverte sous Josias en 623. Quant au Gode sacerdotal, il serait, sous sa forme actuelle, de date postexilienne.
La décision que la Commission biblique a portée le 27 juin 1906 n'a pas supprimé toutes les difficultés. On y déclare que les arguments des critiques n'ont pas assez de poids pour empêcher d'affirmer que les livres du Pentateuque ont Moïse pour auteur et n'ont pas été composés à l'aide de sources en grande partie postérieures aux temps mosaïques. Le caractère documentaire de la Loi est reconnu ; il est expliqué, au moins en ce qui concerne la Genèse, par le fait que Moïse aurait utilisé des sources ; pour les autres livres, il aurait employé des secrétaires, revisant et approuvant leur travail, s ans pour cela se préoccuper de corriger toutes les divergences. Mais ce n'est pas tout ; s'il est vrai qu'il faille maintenir l'authenticité et l'intégrité substantielle du Pentateuque, on n'en est pas m oins autorisé à admettre qu'il a pu, au cours des siècles, subir d es modifications, et même recevoir des additions assez notables pour qu'on doive les attribuer à un auteur inspiré.
Telie est la teneur du décret. Plusieurs de ses interprètes ont fait preuve d'idées tout à fait larges. Dans son livre suri/' Église et la critique biblique [Ancien Testament), le R. P.Joseph Brucker a écrit sous ce titre : Ce qui est acceptable de la théorie documentaire, une série de réflexions intéressantes : « Il est clair que Moïse ne peut vraiment être Y auteur du Pentateuque, si les quatre documents composant cet ouvrage ne lui doivent pas véritablement leur être, au moins quant à l'essentiel. Mais aussi rien de plus n'est exigé... Donc, d'abord, il nous est parfaitement loisible de penser que l'auteur du Pentateuque a procédé par voie de composition successive, en produisant séparément plusieurs écrits, ayant chacun son objet et son unité propres, dans le genre de ceux que les critiques croient reconnaître... La difficulté de concilier la théorie documentaire avec l'authenticité mosaïque du Pentateuque ne vient donc pas de la distinction supposée des quatre documents considérés en gros. Elle ne tient même pas à l'hypothèse des manipulations qu'on aurait dû leur faire subir, pour les combiner et les fondre dans le Pentateuque actuel, du moins si l'on entend cette hypothèse avec certaines conditions. Tout serait plus simple, si l'on pouvait admettre que Moïse lui-même a fait ou dirigé cette combinaison dernière ; mais cela n'est pas nécessaire... Il se peut donc que les trois ou quatre écrits rédigés sous la direction de Moïse, et correspondant aux quatre documents des critiques, aient longtemps existé séparément. Et il n'est pas interdit de relarder le moment de leur fusion complète et définitive jusqu'à l'exil de Babylone ou