‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 110 sur 306 · XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

données historiques concernant la personne et la vie de Jésus, mais serait construite presque exclusivement à l'aide d'éléments empruntés au judaïsme, et déjà systématisés avant la conversion de l'apôtre.

Cette thèse est très exagérée, et intervertit, scmble-t-il, Tordre des facteurs dans l'élaboration de la doctrine christologique de saint Paul (1). Il faut reconnaître sans doute que certains éléments de cette doctrine viennent de l'Ancien Testament et du judaïsme, où l'on trouveen particulier des anticipations de l'idée du Christ préexistant. Il suffit de rappeler que la Sagesse, dans les Proverbes, dans Y Ecclésiastique et surtout dans le livre de la Sagesse n'est pas un simple attribut divin, mais qu'elle est conçue presque comme une personne, distincte de Dieu, bien qu'existant auprès de lui de toute éternité (2). Certaines apocalypses parlent du Messie comme d'un être céleste dont l'origine est antérieure à toute création. Dans la théologie rabbinique il est parfois question aussi d'une préexistence du Messie, mais c'est une préexistence abstraite, à la manière d'une idée, plutôt qu'à la manière d'un être réel. Nulle part, cependant, on ne trouve l'ensemble d'idées qui constituent la christologie propre de saint Paul, et par suite rien n'autorise à penser qu'il ait puisé dans le judaïsme, avant sa conversion, une théorie messianique toute faite. Ce qui est vrai, c'est que, lorsqu'il dut se formuler à lui-même et formuler pour les nécessités de son enseignement une doctrine christologique, l'apôtre put s'inspirer des conceptions qui avaient cours dans les divers milieux du judaïsme, mais ces conceptions n'ont pas été le moule dans lequel a été coulé la figure du Christ, telle qu'elle se dégage de ses épîtres, elles ont bien plutôt fourni la matière que saint Paul a lui-même modelée selon l'image du Christ que la tradition apostolique et la révélation divine lui mettaient devant les veux.

(1) Cf. V. Rose, Etudes sur la théologie de saint Paul, dans la Revue biblique, 1903, p. 339.

(2) On peut comparer spécialement avec le livre de la Sagesse la théorie christologique de l'épître aux Colossiens (i, 13-20). Cf. Lebreton, op. cit., p. 301.

46. Au moment où F Évangile commença à se répandre hors de la Palestine, les cultes orientaux, plus ou moins fusionnés avec la religion hellénique, avaient fait dans le monde grec des adeptes nombreux et enthousiastes. Saint Paul dut entrer en contact avec cette religion syncrétiste, peut-être à Tarse, en tout cas à Antioche, où le culte des divinités syriennes était florissant, en Phrygie, en Galatie, en Grèce. Quelques historiens des origines chrétiennes pensent que le christianisme des communautés établies sur le sol hellénique et la doctrine même de saint Paul ont subi dans une assez large mesure l'influence de ce mysticisme gréco-oriental. On attribue en particulier cette origine à l'idée paulinienne du Christ Sauveur, faisant participer les fidèles à sa mort et à sa résurrection, et établissant avec eux une union mystique, ainsi qu'à la conception du baptême comme d'un rite producteur d'une vie nouvelle et de l'eucharistie comme d'un repas de communion au Christ. Sans doute on ne suppose pas que saint Paul ait créé le baptême et l'eucharistie, mais il aurait profondément transformé ces deux éléments essentiels du culte chrétien primitif, en en faisant des sacrements, c'est-à-dire des rites efficaces produisant par eux-mêmes, de façon presque magique, l'union des fidèles à la divinité.

47. Il faut noter d'abord que, si le christianisme en général, et la doctrine de saint Paul en particulier, doivent quelque chose au paganisme grée o- orient al, il ne peut s'agir d'un emprunt direct et voulu, car dès l'origine les chrétiens manifestent un éloignement absolu à l'égard des doctrines et des rites du paganisme. Ils n'acceptent aucun accommodement avec les autres religions, et les convertis du paganisme doivent rompre complètement avec les pratiques du culte qu'ils abandonnent, car toute cérémonie païenne est un culte rendu aux démons. Saint Paul en particulier interdit énergiquement l'assistance aux repas sacrés des religions païennes :« Vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons... Quel accord est possible entre le Christ et Bélial ?» Une telle intransigeance ne permet pas de supposer qu'il ait délibérément emprunté une idée ou un rite quelconques

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