XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES
à des cultes qui étaient pour lui, comme pour tous les vrais chrétiens, un objet d'horreur.
Mais n'a-t-il pu y avoir une influence du paganisme sur le christianisme, sans que les fidèles de la religion nouvelle en aient eu conscience ? Certaines idées caractéristiques des cultes orientaux n'étaient-elles pas dans l'air, au point de pénétrer jusque dans les milieux les plus hostiles au paganisme, et cette hypothèse n'est-elle pas la seule explication possible des rapprochements qu'on établit entre le christianisme de saint Paul et les religions gréco-orientales ? — Il y aurait lieu d'abord de préciser la portée de ces rapprochements. Beaucoup sont sans doute plus superficiels que réels. Parfois ce ne sont que des analogies de langage : rien n'empêche d'admettre que, pour rendre sa pensée plus intelligible aux chrétiens convertis du paganisme, saint Paul ait parfois usé de termes qui étaient du langage courant et aussi bien du vocabulaire des mystères païens. D'autres fois, ce sont des idées très générales qui peuvent se retrouvera la base de beaucoup de religions différentes, sans qu'il y ait lieu de supposer une influence réciproque, connue par exemple l'idée de la participation à la vie d'un Dieu Sauveur, idée qui peut naître spontanément des besoins religieux communs à l'humanité. Pour pouvoir affirmer que saint Paul l'a empruntée aux cultes d'Adonis ou de Mithra, il faudrait que la ressemblance s'étendît à la conception même du salut et au mode de sa réalisation. Or tout le monde doit reconnaître qu'en dehors de l'idée générale commune il y a plus de différences que d'analogies entre le christianisme paulinien et les diverses formes de paganisme mystique. La mort d'Attis, d'Adonis ou d'Osiris, ce qu'on appelle parfois leur« Passion», n'avait pas du tout pour leurs fidèles le même sens que la mort du Christ pour saint Paul : ces dieux ne mouraient pas pour expier les péchés des hommes, leur mort et leur résurrection n'étaient pas la cause du salut pour les initiés à leurs mystères. D'ailleurs le salut qu'on cherchait dans le culte des divinités syriennes ou perses, c'était moins, semble-t-il, la félicité éternelle, encore que la croyance à l'immortalité tînt une certaine place dans
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ces religions, que l'oubli des maux de la terre dans l'extase et les phénomènes orgiastiques, avec lesquels il ne faut pas confondre d'autre part les manifestations de l'Esprit, les charismes, qui existaient dans l'Église primitive. La réglementation que saint Paul impose à l'exercice de ces dons spirituels, pour ne pas laisser la porte ouverte à des phénomènes qui ne viendraient pas de l'Esprit de Dieu, et pour éviter tout ce qui serait cause d'agitation plus que de paix et d'édification, indique assez quel esprit différent animait les assemblées chrétiennes et les réunions où se célébraient les mystères païens. Quant au baptême et à l'eucharistie, aucune raison positive n'oblige à supposer que saint Paul leur ait attaché un sens tout différent de celui que ces rites avaient dans la communauté primitive où ils étaient déjà en usage. D'ailleurs l'explication théologique qu'en donne l'apôtre repose sur des idées qui n'étaient point étrangères au judaïsme, et qu'il n'avait par suite nul besoin d'emprunter aux religions païennes : en particulier l'idée qui représente le sacrifice, complété par la manducation de la victime, comme une communion des fidèles avec la divinité à qui ils l'offrent, est une idée sémitique et juive bien plutôt qu'hellénique.
Quelles que soient d'ailleurs les analogies de surface qu'on peut relever, il y a une différence profonde, au point de \ue moral et religieux, entre les cultes orientaux et le christianisme tel qu'il apparaît dans l'enseignement de saint Paul. Sans doute il y avait des âmes d'élite qui cherchaient dans la mystique païenne la satisfaction d'aspirations élevées. Mais, sans parler même de l'immoralité de certains rites, il faut reconnaître que, en général, on attendait de l'initiation aux mystères une pureté rituelle, obtenue par des procédés presque magiques, et sans lien direct avec la pratique de la vertu, plutôt qu'une véritable purification morale. La mystique chrétienne au contraire vise à changer les âmes, elle tend à la réforme de tout l'homme, à la création d'un homme nouveau, en qui l'action de l'Esprit divin se manifeste par la sainteté de la vie et des œuvres.