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XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

Saint Jean et la fin de l'âge apostolique

48. On ne doit pas juger de ce qu'était la moyenne des chrétiens à l'âge apostolique par les seules épîtres de saint Paul. Sans doute Je fond delà doctrine de l'apôtre était accessible à tous les fidèles, mais il y avait aussi dans son enseignement un élément plus élevé, plus technique pour ainsi dire, qui ne pouvait s'adresser à la masse des croyants, mais seulement à une élite, déjà familiarisée avec les discussions théologiques. L'ensemble des chrétiens s'intéressait probablement davantage au côté plus concret de la religion, aux détails de la vie de Jésus. Les évangiles synoptiques répondirent alors à ce besoin de connaître aussi complètement que possible l'existence terrestre du Christ : chacun des évangélistes, en s'inspirant de son tempérament propre et des besoins spéciaux de ceux pour qui il écrivait, groupa en une composition homogène les données conservées par la tradition antérieure, orale eu écrite, en vue de faire valoir les thèses fondamentales de la prédication apostolique. C'est à ce moment qu'entrèrent dans le courant de la tradition chrétienne les récits relatifs à l'enfance de Jésus, qui forment les premiers chapitres du premier et du troisième évangile. On ne saurait s'étonner que ces récits n'aient pas fait partie de la prédication apostolique primitive, car il était naturel que l'attention se concentrât d'abord sur des faits publics et éclatants, tels qu'étaient l'enseignement et les miracles de Jésus, sa mort et sa résurrection. Ce ne fut que plus tard que, pour satisfaire à la pieuse curiosité des fidèles, on dut donner une plus large diffusion aux récits des faits relatifs à sa naissance et à ses premières années, faits qui n'avaient d'abord été connus que dans un cercle assez restreint de disciples plus intimes, ceux peut-être qui se groupaient autour de la Mère du Sauveur.

Dans ces communautés chrétiennes de la seconde génération, pour qui furent écrits les évangiles synoptiques, l'espérance du prochain retour du Christ subsistait encore, plus vivante sans doute chez les chrétiens issus du judaïsme. Les paroles ardentes des prophètes chrétiens dans les réunions des fidèles entretenaient cette espérance : nous en pouvons juger par l'Apocalypse de saint Jean, qui est la manifestation la plus haute du prophétisme chrétien. Cet écrit nous révèle quels étaient les sentiments et les préoccupations des fidèles au milieu des persécutions auxquelles ils furent en butte soit de la part des Juifs, soit surtout de la part des autorités romaines. Le voyant de Patmos montre dans les tribulations qui les éprouvent l'effet de la lutte engagée par Satan contre Dieu et les serviteurs de Dieu, et il soutient le courage de ceux-ci en leur prédisant le prochain triomphe du Christ, qui assurera le bonheur céleste à ceux qui auront combattu pour sa cause. A côté de ce courant prophétique, dont l'Apocalypse de saint Jean est la manifestation la plus caractéristique, et dans lequel se continuaient les traditions messianiques du judaïsme, on peut entrevoir dans certains milieux chrétiens un courant plutôt mystique, qui trouvera dans le quatrième évangile son expression la plus achevée, mais dont l'existence se révèle déjà dans les prières eucharistiques de la Didachè où l'on peut relever des pensées et des expressions nettement johanniques, et aussi dans les Odes de Salomon récemment découvertes.

49. Cependant la spéculation théologique n'était pas sans occuper une large place dans le christianisme de la fin de l'âge apostolique. C'est même sur ce terrain que des divisions et des luttes se produisirent dans certaines communautés chrétiennes. A ce moment, les idées de saint Paul avaient décidément triomphé des tendances judaïsantes. On ne discutait plus, si ce n'est dans des groupes assez restreints, sur les conditions d'admission des païens et sur la valeur de la Loi. Mais dans certains milieux le judaïsme combiné avec l'hellénisme avait donné naissance à des spéculations très étrangères à l'esprit de l'Évangile, et qui pouvaient amener une perversion de la foi. Ces hérésies primitives, que les apôtres durent combattre, peuvent

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