‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 113 sur 306 · XH. LES ORIGINES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

XH. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

être considérées comme une première ébauche, une forme judaïque de ce qui sera plus tard le gnosticisme. On s'occupait beaucoup des êtres intermédiaires entre Dieu et Fhomme, par lesquels on pensait que s'exerçait Faction divine sur le monde. On rendait un culte aux anges auxquels on attribuait un rôle de médiateurs. On se demandait quelle place le Christ occupait dans cette hiérarchie d'êtres surnaturels, et on tendait à le rabaisser à leur rang. En même temps certains docteurs, pour expliquer la vie terrestre de Jésus, en venaient à dire qu'une Vertu céleste était descendue sur lui au baptême et avait habité en lui jusqu'à sa mort, ou même, tombant dans un docétisme plus complet, supposaient que Jésus n'avait eu de la chair que l'apparence. Ces imaginations étaient accompagnées dans le domaine moral de tendances à un ascétisme excessif et mal compris, non moins opposé au véritable esprit de l'Évangile.

Saint Paul avait rencontré ces doctrines dans certaines Églises d'Asie, et les avait combattues dans les épîtres aux Colossiens et aux Éphésiens, où il insiste sur la transcendance du Christ et condamne les exagérations et les déviations du culte des anges. La lutte contre ces hérésies qui altéraient la pureté de la foi et introduisaient de regrettables divisions dans le christianisme naissant occupe aussi une large place dans les épîtres pastorales. C'est encore pour mettre les fidèles en garde contre ces tendances que fut écrite l'épître aux Hébreux: le disciple de saint Paul qui la rédigea sous l'inspiration de son maître y développe, sous une forme plus nettement influencée par la philosophie judéo-alexandrine, des idées conformes à la doctrine de l'épître aux Colossiens sur la transcendance du Christ par rapport aux anges, et sur son rôle de médiateur entre Dieu et les hommes.

50. Tous ces courants divers de la pensée et de la vie chrétiennes viennent se fondre à la fin du premier siècle dans la révélation suprême qu'est l'évangile de saint Jean, dont la doctrine mystique et théologique prolonge la pensée de saint Paul, en même temps qu'elle oppose aux spéculations judéo-helléniques qui faussent

l'Évangile une conception où la foi chrétienne revêt, sans s'altérer, la forme d'une philosophie religieuse grandiose.

Le fond de la doctrine johannique n'est autre que la thèse essentielle de la prédication apostolique et de l'enseignement de saint Paul : il s'agit toujours de montrer en Jésus l'unique Sauveur du monde. Mais saint Jean n'envisage pas le salut tout à fait sous le même aspect que saint Paul. Dans la doctrine paulinienne Jésus est présenté surtout comme le rédempteur qui par sa mort détruit le péché et réconcilie l'homme avec Dieu : le même point de vue se retrouve sans doute dans l'évangile de saint Jean, où Jésus est désigné comme l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, mais le Christ y est envisagé de préférence comme révélateur des mystères célestes, communiquant la vie aux hommes par cette révélation. « C'est la A7ie éternelle de te connaître, toi seul Dieu véritable, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Il ne s'agit point ici d'ailleurs d'une connaissance purement abstraite et spéculative, c'est une connaissance qui est « une possession totale de Dieu par l'âme, en même temps qu'une pénétration totale de l'âme par Dieu (1). » Mais si Jésus a pu révéler ainsi les secrets divins, se manifester comme «la lumière du monde », c'est qu'il est «le Fils de l'homme descendu du Ciel », c'est qu'il est le Fils unique de Dieu, qui dit « ce qu'il a vu chez son Père », le Verbe divin, qui était dès le commencement auprès de Dieu, et qui s'est fait chair, apportant aux hommes la grâce et la vérité qu'il possède en plénitude. Ainsi, tandis que saint Paul considérait surtout comme source de vie le Christ glorifié après sa résurrection, saint Jean, complétant la doctrine paulinienne, révèle le Christ comme principe de vie dans l'éternité de sa préexistence céleste.

Cette révélation suprême, qui achevait de préciser le rôle de Jésus à l'égard des hommes, fixait en même temps de façon définitive la nature de ses rapports avec Dieu. Le Verbe était Dieu, et le Verbe s'est fait chair : c'est le fond essentiel de l'enseignement johannique. Par là d'abord

(1) Lebreton, op. cit., p. 409.

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