‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 114 sur 306 · XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

la divinité de Jésus est pleinement affirmée. Il ne peut plus être question de ne voir dans le Christ que la manifestation d'un être intermédiaire entre Dieu et l'homme : le Père et le Fils ne font qu'un. Le Fils tient tout du Père, et par suite dépend du Père, mais le Père lui communique tout ce qu'il a, être, vie, science, puissance. La réalité de l'humanité du Christ n'est pas moins fermement maintenue, à l'encontre des théories plus ou moins docétistes qui commençaient à se répandre. Le Verbe incarné, c'est Jésus- Christ, homme véritable, dont bien des traits dans le quatrième évangile accusent le caractère profondément humain sous l'auréole divine dont il est entouré.

L'union du Père et du Fils n'est pas pour saint Jean une conception purement métaphysique, elle a une portée directement religieuse, car elle apparaît dans la mystique johannique comme le type et le fondement de l'union des chrétiens avec le Christ, et par le Christ avec Dieu. Sur ce point encore, saint Jean se rattache à la doctrine paulinienne, mais il la complète et la dépasse. Jésus n'est plus seulement le médiateur par qui les hommes vont à Dieu, le fidèle trouve Dieu dans le Christ : connaître le Fils, c'est connaître le Père; participer à la vie du Christ, c'est participer à la vie même de Dieu. On ne peut vivre ici-bas de la vie surnaturelle, et on ne pourra avoir part un jour à la résurrection, qu'en demeurant uni au Christ : il est le cep, dont les fidèles sont les branches, de qui seul ils peuvent recevoir la sève divine, en qui seul ils peuvent porter des fruits. Cette union des chrétiens avec le Christ est donc bien plus qu'une union morale : elle se présente dans saint Jean avec un caractère qui se manifeste surtout dans la doctrine johannique de l'eucharistie. C'est la participation à la chair du Christ qui est en effet le moyen le plus efficace de cette union. L'opposition entre la chair et l'esprit se résout ici en unité : la chair du Christ, dont se nourrit le fidèle, est tellement pénétrée par l'Esprit, qu'elle lui sert de véhicule, qu'elle est l'agent de l'union spirituelle entreje Christ et le chrétien qui reçoit l'eucharistie.

51. Des critiques se sont préoccupés de découvrir les sources, ou tout au moins les antécédents delà théologie

johannique, et en particulier de la théorie du Logos, du Verbe incarné. On a vu précédemment qu'une conception très analogue se rencontre déjà, quoique avec moins de précision, et sans que le mot de Logos soit employé, dans les dernières épîtres de saint Paul et dans l'épître aux Hébreux, et que cette conception se rattache à la doctrine des livres sapientiaux de l'Ancien Testament, spécialement du livre de la Sagesse. Mais l'idée du Logos tenait aussi une large place dans la philosophie grecque, et dans la théologie de l'école juive d'Alexandrie qui avait combiné des données empruntées à l'Ancien Testament avec les théories platoniciennes : on peut se demander si saint Jean n'a pas subi en quelque mesure cette double influence.

Il est certain d'abord qu'il n'y a pas beaucoup de traits communs entre le Verbe de saint Jean et le Logos des philosophes stoïciens, raison immanente du monde, à la fois loi qui le régit et force vitale qui l'anime. Les analogies sont plus frappantes avec les idées de Philon, le grand docteur judéo-alexandrin. Philon avait gardé les doctrines de l'Ancien Testament en les refondant seule ment dans un moule grec, il était par suite beaucoup plus rapproché du christianisme. Que sa théologie ait pu en quelque mesure servir de préparation à la dogmatique chrétienne, il n'y aurait donc pas lieu de s'en étonner, et l'on pourrait voir aisément dans ce fait la direction de la Providence « qui faisait ainsi confluer vers le christianisme naissant toutes les réserves de vie et de pensée que la révélation divine avait accumulées dans le judaïsme (1). » En réalité, entre le Logos philonien et le Verbe johannique les différences sont plus profondes que les analogies, et même les critiques les plus disposés à découvrir dans le quatrième évangile une forte influence de la philosophie alexandrine sont obligés de reconnaître que la conception du Logos a subi à tout le moins une transformation essentielle en pénétrant dans la théologie johannique. Non seulement en effet Philon n'a jamais eu l'idée d'identifier le Logos avec le Messie du judaïsme, mais de plus le Logos n'est pour lui qu'un être intermédiaire entre

(1) Lebreton, op. cit., p. 387.

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