XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES
Dieu et le monde, qu'il relie l'un, à l'autre, il n'est pas véritablement Dieu. Il n'est pas même une personne, mais plutôt une force, ou même une idée au sens platonicien du mot. Si donc saint Jean doit quelque chose à la théologie alexandrine, ce n'est guère que le vocable de Logos, et il a presque radicalement transformé le contenu de l'idée exprimée par ce mot, afin d'en faire le véhicule de la révélation divine.
On peut dire cependant que la philosophie hellénique et le judaïsme ont ainsi préparé dans une certaine mesure le terrain pour la grande et profonde idée où la révélation chrétienne devait trouver son achèvement, et ont disposé les esprits à cette révélation. Quand saint Jean, sous l'inspiration divine, établit l'identification entre Jésus et le Logos, il se trouva qu'il achevait par là l'universalisation de l'idée chrétienne, et qu'il lui donnait une prise plus large sur les intelligences, car il faisait converger sur la personne de Jésus tout ce qu'il y avait de pouvoir d'attraction dans cette idée vague et un peu mystérieuse du Logos pour des. esprits façonnés à la spéculation philosophique, et qui voulaient que la religion donnât satisfaction à leur besoin de comprendre l'univers aussi bien qu'à leur besoin d'une vie supérieure.
52. En cette fin du premier siècle où la théologie de saint Jean donnait à l'enseignement apostolique son couronnement suprême, l'organisation de l'Église achevait également de se fixer. Le christianisme, déjà largement répandu dans le monde romain, y comptait de nombreuses églises qui entretenaient entre elles des relations assez fréquentes, par lesquelles se manifestait, dans le sentiment de l'unité de foi et dans la charité mutuelle, l'idée de l'unité de l'Église. L'organisation intérieure s'était un peu modifiée depuis le temps de la formation des premières communautés parmi les Gentils. On a vu précédemment quelle place tenaient d'abord dans les Églises fondées par saint Paul les charismes, ou dons spirituels, et comment d'autre part les apôtres fondateurs gardaient la direction suprême de ces Églises, où ils étaient simplement représentés par un conseil d'« anciens ». Dans les épîtres pastorales et dans la Didachè, la situation apparaît encore à peu près
la même, mais la hiérarchie locale commence à jouer un rôle plus important. Dans la Didachè, ce sont bien les apôtres, prophètes et docteurs, c'est-à-dire un personnel de ministres non attachés à une Église particulière, qui tiennent toujours la première place. Mais le service du culte et les fonctions d'administration sont confiés dans chaque communauté à une hiérarchie fixe comprenant des diacres et des épiscopes (évoques). Cette même hiérarchie à deux degrés se retrouve dans les épîtres pastorales. C'est le régime qu'on a appelé l'épiscopat plural : les presbytres et épiscopes ne paraissent pas se distinguer essentiellement les uns des autres, ils constituent à la tête de chaque Église une sorte de collège,le presbyterium, qui administre collectivement la communauté. Il semble que tous les membres du presbyterium aient joui alors du pouvoir d'ordre, qui caractérise aujourd'hui Févêque. On voit par les Pastorales que le rôle de ce collège épiscopal dans la vie de la communauté chrétienne avait pris une grande importance. Les épiscopes ne sont pas seulement chargés des fonctions liturgiques et de l'administration temporelle, mais ils doivent veiller aussi à la pureté de la doctrine. Il est probable que le président du presbyterium, qui joua sans doute dès le début un rôle plus important, concentra peu à peu l'autorité entre ses mains : les pouvoirs proprement épiscopaux finirent par lui être réservés, et alors apparut la hiérarchie à trois degrés : évêques, prêtres, diacres. Cette transformation qui aboutit à confier la direction supérieure de chaque Église à un seul évêque et qui suivit la disparition des apôtres et des premiers missionnaires de l'Évangile, ne se fit pas sans doute également vite dans toutes les communautés. À Jérusalem par exemple Jacques, un des « frères » du Seigneur, paraît avoir rempli de très bonne heure les fonctions de chef de l'Église locale. Au commencement du second siècle, saint Ignace est évêque d'Antioche, et ses épîtres laissent supposer que l'épiscopat unitaire n'est plus alors une exception. A Rome, l'épître de saint Clément révèle une situation analogue, bien que la liaison y paraisse plus étroite entre le chef de la communauté et le collège de presbytres et épiscopes qui administrent avec lui : c'est