‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 13 sur 306 · XI. LA RELIGION D'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D'iSRAEL

raconter, se trouvent retracées dans tous les documents à la fois.

Ils sont d'abord unanimes pour attribuer à Moïse deux grandes institutions : la première organisation de la nation israélite, la fondation de cette forme nouvelle du culte du vrai Dieu que l'on appellera Yahwisme. Ils sont encore unanimes pour nous le représenter comme particulièrement pénétré de l'esprit de Dieu, favorisé des dons célestes et du pouvoir des miracles.

28. La première manifestation divine est celle que le récit élohiste place à l'Horeb (Ex., ni, 1) ; c'est à certains égards la plus importante. L'apparition présente déjà nombre des traits qui seront dans la suite caractéristiques des apparitions et visions de Yahweh. C'est au sein de la flamme qu'elle se produit (Ex., ni, 2.) ; son aspect inspire la crainte ; Moïse éprouve le besoin de faire un détour pour l'observer (Ex., ni, 3, 4), puis de se voiler

jusqu'à l'époque d'Esdras.... Ainsi les défenseurs de l'authenticité mosaïque pourraient s'entendre sans peine avec les critiques les plus avancés, quant à la date de la constitution définitive du Pentateuque. » Le Révérend Père parle ensuite des changements que chaque document a pu subir. De tous le plus constamment rajeuni a été le Code sacerdotal ; son caractère de rituel pratique réclamait de perpétuelles adaptations.

Une remarque complémentaire sera très utile. A prendre les législations du Pentateuque en elles-mêmes et en dehors de toute discussion d'origines, on a l'impression que le plus grand nombre d'entre elles ne sont pas faites pour régler la vie du désert, mais qu'elles visent les conditions dans lesquelles se trouveront les Israélites après leur entrée en Canaan. Tel est le cas, pour ce qui concerne le Code de l'alliance, des lois concernant l'autel à ériger « dans tous les lieux où j'aurai fait souvenir de mon nom,» des ordonnances relatives au serviteur, à l'étranger, aux prémices, à l'année sabbatique, aux fêtes de la moisson et de la récolte. Le document sacerdotal suppose bien qu'au désert le peuple a rendu à Yahweh un culte soumis à des règlements assez précis. Mais, en même temps qu'il est le centre de la vie religieuse d'Israël encore nomade, le Tabernacle apparaît comme le type du Temple à venir ; aussi beaucoup de lois qui semblent converger vers le sanctuaire portatif, n'auront leur sens complet et leur pleine application qu'au Temple de Jérusalem. Quant au Deutéronome, il est dit explicitement des lois qu'il renferme, qu'elles seront observées lorsque Israël sera entré en possession de la terre que Yahweh veut lui donner.

le visage (Ex., ni, 6) ; il est invité à enlever les sandales de ses pieds, car, en raison de la présence divine, la terre où il se tient est une terre sainte (Ex., ni, 5) ; le buisson et ses alentours constituent, pour le moment, comme un véritable sanctuaire.

Mais laissons les caractères extérieurs de la vision pour en pénétrer le contenu ; il est de grande importance puisqu'il va contribuer à une orientation nouvelle de la vraie religion. C'est bien, en effet, d'une orientation nouvelle qu'il s'agit ; tout n'est pas nouveau, h fonds n'est pas nouveau. Ce n'est pas sans raison que le narrateur yahwiste de la Genèse a, dès l'origine, employé le nom de Yahweh pour désigner le Dieu de la création et des patriarches. La première parole que, d'après l'Élohiste, Yahweh ait prononcée au buisson ardent, a été pour déclarer qu'il était le Dieu des pères, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob (Ex., ni, 6); celui qui, d'après le Code sacerdotal, s'était manifesté dans les temps anciens sous le nom de Schadday (Exod., vi, 3). Ainsi s'affirme, dès le début de l'œuvre mosaïque, cette loi de continuité que nous aimons tant à reconnaître dans la succession des œuvres divines. Les patriarches ne sont pas seulement les ancêtres de la race ; les futurs panégyristes d'Israël, Ben Sirach (Eccli., xliv, 19-23) et les autres, ne se tromperont pas en les saluant comme les pères de leur foi, de même que saint Paul, dans l'Épîtrc aux Romains (Rom., ix, 6-13; xi, 1-32), et l'auteur de l'Épître aux Hébreux (Hebr., xi, 8-22) les déclareront pères de la nôtre.

29. Toutefois un fait bien nouveau va être posé par l'intermédiaire de Moïse. Le Dieu des patriarches, souvent désigné par les termes généraux à El ou d'Elôhîm, ou encore par des épithètes en rapport avec ses attributs et les lieux dans lesquels il était honoré, le Dieu des patriarches va recevoir un nom précis et déterminé, un véritable nom propre qui, pour de longs siècles, sera son ordinaire désignation. Désormais, d'âge en âge et pour l'éternité, il s'appellera Yahweh (Ex., ni, 15), selon la prononciation la plus probable du tétragramme divin (1). Quel est le sens

(1) La prononciation Jéhovah est certainement fautive. A une

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