‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 125 sur 306 · XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE · texte numérisé non relu

XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE

des Hébreux. L'édition grecque de Y Evangile des Hébreux, dont on a quelques restes, appartenait sans doute au même cercle que Symmaque.

3. L'intolérance du judaïsme palestinien envers le christianisme naissant avait sa répercussion dans toutes les juiveries de la Dispersion. Les Actes des Apôtres montrent comment partout où la foi nouvelle est annoncée, les synagogues se ferment et s'arment contre elle. Justin assure que les Juifs opposèrent partout au christianisme, du moins à l'origine, une contrepropagande acharnée et pour laquelle tous les moyens étaient bons {Dialog., xvn, 1 et 3). Quelle fut, au contraire, l'attitude du judaïsme helléniste ?

Pour répondre à cette question, il convient de présupposer que ce judaïsme est moins une société qu'une littérature, et une littérature destinée aux Grecs plus encore qu'aux Juifs. Il ne parait pas que dans ce cercle d'écrivains on ait pris garde au christianisme. Le souvenir recueilli par Eusèbe (n, 17, 1) d'une rencontre de saint Pierre et de Philon à Rome sous le règne de Claude, est une pure légende. S'il est vrai, comme on incline à le penser actuellement, que le De vita contemplatwa est une œuvre authentique de Philon, et s'il est vrai que les « Thérapeutes » qui y sont décrits sont des communautés de contemplatifs juifs réellement établies dans le voisinage d'Alexandrie, plutôt qu'une fiction dans le goût de la république de Salente, il est sûr que ces koinobia n'ont pas eu de lendemain : le cénobitisme catholique du ive siècle ne leur doit rien.

Plus subtile est l'influence de l'enseignement de Philon sur la pensée chrétienne.

On a quelquefois avancé que la doctrine du logos qui s'affirme dans le quatrième Évangile était une infiltration

Vallée Poussin, plus haut, à propos des religions de l'Inde (m, 41). — La question de l'influence de la mythologie babylonienne ne se pose guère qu'à propos de l'Ancien Testament: elle est traitée par le P. Dhorme, plus haut, à propos de la religion assyro-babylonienne (n, 26). Le paradoxe de M. Jensen, pour qui le « mythe du Christ » est une suite du mythe babylonien de Gilgamesch, n'est pas à prendre en considération. Voyez sur Jensen et sa méthode, J. Weiss, Jésus von Nazareth Mythus oder Geschichte, Tubingen, 1910, p. 51-85.

de l'enseignement de Philon. A vrai dire, le terme de logos appartient à la langue du Ier siècle : il est stoïcien aussi bien que philonien ou johannique (1). Le concept seul importe, et le concept johannique n'est ni philonien, ni stoïcien. Le logos johannique, a écrit M. Harnack, « n'a guère que le nom de commun avec le logos philonien. » Les affinités verbales de Philon et du quatrième Évangile ne trahissent aucun emprunt du second au premier, écrit M. James Drummond, mais seulement « similitude d'atmosphère religieuse et philosophique, avec au surplus des contrastes saisissants.)) On pourrait, à ce compte, parler du philonisme de saint Paul, ou des Synoptiques, ou de l'épître de saint Jacques, et mieux encore de l'épître aux Hébreux. Le philonisme n'est pas ici le phénomène qui compte, c'est l'hellénisme.

Du judaïsme helléniste, le christianisme héritera, avec le texte grec de l'Ancien Testament, la méthode allégorique pour l'interpréter. Voir dans les traits concrets une allégorie conduit à y voir une figure prophétique, les auteurs chrétiens, saint Paul parmi les premiers, abonderont dans ce sens : en quoi ils interprètent comme des Juifs alexandrins, pour conclure d'ailleurs contre le judaïsme. Ainsi fait l'auteur de l'épître de Barnabe. Avec les apologistes du 11e siècle, au contraire, puis avec Clément d'Alexandrie, avec Origène, avec Eusèbe, on pourra parler d'emprunts directs à Philon, et de la littérature chrétienne comme tributaire du plus grand écrivain juif helléniste. C'est même dans cette littérature chrétienne que Philon, répudié par le judaïsme de la tradition rabbinique, trouvera un abri, et, en même temps que Philon, Josèphe aussi, et bien des restes littéraires du judaïsme de langue grecque, comme les Oracles sibyllins, le Testament des douze

(1) Je laisse de côté la question du Poimandrès soulevée par M. Reitzenstein, Poimandres, Studien zur griechisch-àgyptischenund friihchristlichen Literatur, Leipzig, 1904, m'en tenant au verdict de E. Krebs, Der Logos als Heiland, Freiburg, 1910, p. 157 : Reitzenstein n'a pas démontré que son Poimandrès (noyau des livres dits hermétiques) soit un syncrétisme gréco-égyptien du premier siècle, ni que les livres hermétiques soient antérieurs au uie siècle.

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