‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 126 sur 306 · XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE · texte numérisé non relu

XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE

-patriarches, et autres apocryphes de l'Ancien Testament.

4. Les juiveries de la Dispersion avaient autour d'elles une clientèle de prosélytes, païens convertis par la propagande juive à la « crainte de Dieu », c'est-à-dire au monothéisme et à la morale essentielle des Juifs, sans se soumettre pour autant à la circoncision et à la stricte observance de la Loi. Telle centurion Corneille, à Césarée, baptisé par saint Pierre, et que le récit des Actes (x, 2) qualifie de £Ûcj£6y]ç jcgr cpoêûupisvo-ç tov 0e:v : ce soldat romain, d'une « cohorte italique », ce Romain « pieux et craignant Dieu », est un prosélyte du judaïsme. La propagande juive, qui attirait ces hommes inquiets de religion et de justice, les décourageait par son exclusivisme : passé 70, elle ne fit plus rien, estimant sans doute comme ce R. Helbo, au 111e siècle, que « les prosélytes sont aussi pénibles pour Israël que la lèpre pour la peau. » Il est probable que le christianisme a recueilli dans son sein, à l'époque apostolique, bien des âmes païennes que la propagande juive dans la gentilité avait touchées. Mais il serait très faux de dire que dans la première génération chrétienne pas un païen ne s'est converti à la foi nouvelle, qui ne connût déjà le judaïsme et la Bible : la propagande juive a devancé la propagande chrétienne, et elle a été aussitôt absorbée et débordée par elle (1).

La propagation du christianisme

5. La première étape du christianisme, hors de la Judée et de la Samarie, a été la côte phénicienne avec ses cités

(1) Aucun mouvement religieux caractérisé ne suit son cours sans exercer à distance une action, qu'il ignore lui-même. La propagande juive dans la gentilité donna ainsi naissance à ces fidèles du Très- Haut, dont des inscriptions d'Asie, d'Egypte, ont révélé l'existence, Grecs voués au culte du 9eàç -j-Littoç. Au ive siècle, il existera encore des û^toràpio* de ce genre, des Grecs déistes et judaïsants : le père de saint Grégoire de Nazianze, avant de se convertir à la foi chrétienne, appartenait à cette secte, qui est à rapprocher des Cxlicolœ que saint Augustin a connus, et que mentionne le Gode théodosien.

grecques, dont Césarée est la plus importante. Chypre et Antioehe ont été atteintes presque en même temps que la côte phénicienne : les Actes, xi, 19, rattachent cette propagation au lendemain du martyre d'Etienne à Jérusalem, et en font une prédication grecque parmi les Grecs. Nous voyons du coup entrer en scène des apôtres qui parlent grec, comme Barnabe, comme Paul. A Antioehe les disciples de la foi nouvelle reçoivent pour la première fois le nom de chrétiens (Act., xi, 26).

D'Antioche, le christianisme joindra Édesseet la Mésopotamie, pays de langue syriaque. Le royaume d'Édesse est jusqu'en 216 au-delà de la frontière impériale : selon toute apparence, le christianisme n'y a pas pénétré avant 150, quoi qu'en dise la légende du roi Abgar.

La province romaine d'Asie est, après Antioehe, une terre chrétienne entre toutes : combien de souvenirs chrétiens attachés aux noms de ses principales cités ! Ëphèse, Smyrne, Colosses, Laodicée, Sardes, Pergame, Tralles, Magnésie, Hiérapolis, Philadelphie... évoquent la pensée de Paul, de Jean, de Polycarpe, d'Abercius, comme aussi des hérésies dénoncées par l'épître aux Colossiens, par les épîtres ignatiennes. La Prima Pétri révèle l'extension de la foi en Bithynie> dans le Pont, en Cappadoce, en Galatie. La Macédoine est un des champs missionnaires de Paul, avec Thessalonique et Philippes pour points d'appui. L'Achaïe complète le domaine grec de Paul, avec Corinthe pour centre. La Crète chrétienne se révèle dans l'épître à Tite.

Les origines chrétiennes en Egypte sont sans histoire, -antérieurement à la lettre de l'empereur Hadrien au consul Servianus, en 131 : il est vraisemblable cependant que le christianisme a pénétré à Alexandrie dès la première heure.

6. En Italie, Rome mise à part, l'obscurité est pareille. On a relevé des traces de chrétiens à Pompéi, qui fut détruite en 79. Paul débarquant à Pouzzoles, en 59, y trouve des fidèles : Naples devait avoir été pénétrée par la propagande chrétienne. Milan, Aquilée, Ravenne, Lucques, Pise n'ont aucun souvenir incontesté de leurs origines.

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