‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 127 sur 306 · XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE 25o · texte numérisé non relu

XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE 25o

Nous ignorons tout du christianisme à Carthage et dans les provinces romaines d'Afrique, avant la fin du 11e siècle. Un mot de Tertullien, Prœscr., 36, suggère que le christianisme à passé de Rome en Afrique. En Espagne, l'obscurité ne se lève qu'au cours du 111e siècle, bien qu'il soit sûr que saint Paul a pensé à l'Espagne. En Gaule, on n'a pas de souvenir incontesté avant le milieu du ] ie siècle, avec saint Pothin et saint Irénée pour Lyon, un peu plus tard avec Pectorius pour Autun. On ne sait rien pour les provinces romaines do Bretagne, de Belgique, de Germanie, de Rétie, de Norique, de Pannonie, de Dalmatie,de Dacie et des deux Mésio. On remarquera que c'est la chrétienté latine surtout dont les origines sont sans histoire, puisque Rome est une Église qui parle grec jusqu'au début du 111e siècle.

On peut conjecturer que l'Occident a moins manqué de missionnaires qu'il ne paraît, à lire certaines pages de Tertullien énumérant, peut-être avec quelque emphase, les peuples, Gétules, Maures, Bretons, Sarmates, Daces, Germains, Scythes, et les Gaules et les Espagnos, où « le nom du Christ règne» (Adv. Iudseos, 7). Irénée, i, 2, parle aussi d'églises fondées chez les Ibères, chez les Germains, chez les Celtes. Clément Romain, v, 7, parle de Paul comme ayant prêché l'Évangile jusqu'à « l'extrémité de l'Occident », qui est sûrement très au-delà de Rome.

7. A Rome même, le christianisme avait pénétré avant que Paul écrivît son épitre aux Romains (en 56-57). Si Pomponia Grœcina, dont Tacite, Ann,, xm, 32, rapporte l'énigmatique histoire, est une chrétienne, sa conversion en 43 serait la plus ancienne trace du christianisme à Rome. L'épigraphie des plus vieux cimetières chrétiens de Rome remonte jusqu'au premier siècle, et rattache à l'Église romaine les noms patriciens des Csecilii (cimetière de Calliste), des Acilii (cimetière de Priscille), des Flavii (cimetière de Domitille). Vers 95, l'épître de saint Clément aux Corinthiens est un monument de l'Église romaine. Au second siècle, le fait du martyre de saint Pierre à Rome est une tradition précise attestée par Denis de Corinthe pour la Grèce, par Irénée pour la Gaule (et l'Asie), par Clément pour Alexandrie, par Tertullien pour l'Afrique. L'existence à Rome du tombeau de Pierre et de Paul est

attestée par le Romain Caius, vers l'an 200. Au temps de Trajan (97-117) la lettre d'Ignace d'Antioche aux Romains contient une allusion voilée à la venue de Pierre et de Paul à Rome. Un peu auparavant, la lettre aux Corinthiens de Clément mentionne comme des martyrs romains les deux apôtres. La première épître de saint Pierre témoigne que l'auteur écrit de « Babylone », qui est une désignation apocalyptique de Rome. Dans l'antiquité ecclésiastique, a la prétention de l'Église romaine à être une fondation des deux apôtres paraît n'avoir été nulle part contredit»', la visite de Pierre à Rome, et sa mort à Rome, à une date indécise, nous paraît sinon au-dessus de tout doute possible. du moins un fait aussi bien établi que beaucoup des faits capitaux de l'histoire » (Sanday et Headlam).

Le christianisme comme religion

8. S'il est vrai, comme le pense M. Harnack, que l'Evangile selon saint Matthieu nous vient de la chrétienté palestinienne libérée de l'observance de la loi juive et ouverte à la vocation des Gentils, on peut considérer comme le résumé de la foi nouvelle qui est prèehée aux Gentils les paroles du Christ ressuscité donnant mission aux onze apôtres : « Toute [puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Matth., xxvin, 18-20).

La prédication des apôtres aux Gentils présuppose et implique la révélation dont le judaïsme possède la lettre. A vrai dire, une partie de cette lettre est morte, les préceptes proprement légaux ou positifs : il subsiste les préceptes qui appartiennent à la conscience, les préceptes écrits dans les cœurs des païens eux-mêmes, comme dit saint Paul (Rom., n, 14-15) parlant ici le langage stoïcien contemporain. Ce qui subsiste de la lettre biblique, c'en est la valeur figurative, c'en est l'élément prophétique,

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