XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE
(Act., xvn, 22-31), fait montre d'une si insinuante dialectique, est le même qui déclare aux Corinthiens qu'il s'est présenté chez eux « sans les discours persuasifs de la sagesse, » mais « avec la démonstration de l'Esprit et de la puissance de Dieu » (lv àiuoBsc'Çec zvzû^oizoq xal Suvà- [A£G)ç, I Cor., ii, 4). A l'Esp rit-Saint sont rapportés les charismes de l'Église naissante, comme lui est due l'inspiration des prophètes de l'Ancien Testament.
9. L'élément charismatique, s'il était prépondérant, ferait du christianisme un illuminisme et une anarchie : ce qui frappe au contraire dans l'ensemble c'est la primauté du sens d'ordre et de tradition. Corinthe, qui est une chrétienté excellemment grecque, où les charismes sont répandus à profusion, reçoit de Paul cette leçon que les prophéties privées sont subordonnées à l'édification de l'Église, et que Dieu n'est jamais un Dieu de désordre. La charité passe tous les dons de l'Esprit. « Si quelqu'un se plaît à contester, nous n'avons pas cette habitude, non plus que l'Église de Dieu » ( I Cor., xi, 16). L'apôtre a donné aux Corinthiens ce qu'il a reçu du Seigneur, à eux de garder fidèlement le dépôt. Les disputes et les jalousies qui se manifestent parmi eux, sont la preuve qu'ils sont charnels et qu'ils marchent selon l'homme. Qu'ils ne disent pas : Moi, je suis du parti de Paul ! Ou : Moi, je suis du parti d'Apollos ! « Qu'est-ce donc qu'Apollos, et qu'est-ce que Paul ? des serviteurs par le moyen desquels vous avez, cru, selon ce que le Seigneur a donné à chacun» (ni, 5). On peut imaginer sans invraisemblance que ce sens de subordination et de tradition est hérité des synagogues juives : disons mieux, il a sa racine dans le magistère du Christ, sa première réalisation dans la mission des apôtres, qui se prolongera dans le ministère des presbytres. Le christianisme est essentiellement une religion d'autorité.
La propagande chrétienne n'est pas une simple prédication par la parole comme est la propagande philosophique populaire, telle la diatribe (enseignement oral) des cyniques et des stoïciens, dont on a trouvé des imitations dans Philon, et jusque dans les épîtres de saint Paul. Il est naturel que certains des procédés et des thèmes de la
Hist. Rel. — 11-17
propagande philosophique populaire, alors florissante, aient été utilisés par la propagande chrétienne. Pendant les deux ans qu'il demeure à Éphèse, Paul enseigne ses « disciples » chaque jour (de la cinquième heure à la dixième, ajoute le Codex Bezœ) « discourant dans l'école de Tyrannos» (Act., xix, 9), c'est-à-dire dans la salle que lui prête ou lui loue quelque grammairien ou rhéteur éphésien. Partout cependant la prédication chrétienne aboutit à la formation, non pas d'une école, mais d'une église, c'est-à-dire d'une association fermée, qui se réunit dans la demeure privée de tel de ses fidèles.
Le mot IxxÀTQcrta est le mot adopté pour désigner les communautés, nulle part le mot cuv^vwyr,. Le sabbat est répudié, et le « jour du Seigneur » désormais fixé au premier jour de la semaine. Ne disons pas que ces associations sont des démocraties spirituelles, car l'autorité qui les régit n'est pas une magistrature élective, un office renouvelable : les TupsjôÙTepoi sont investis, par l'imposition des mains, d'une fonction que leurs fidèles n'ont pas pouvoir de leur retirer. La fonction n'est pas un charisme on don immédiat de l'Esprit. Les ê-dcxoxoi sont des TïpecêÛTspoi, mais non inversement. Au temps d'Ignace le principe de l'épiscopat monarchique prévaut. Les î'.axovot sont aussi anciens que les xpccôÛTepot. Tous ces vocables se retrouvent dans les institutions civiles ou religieuses des Grecs du temps, èx.xAr;C7(a, st::c-7.otoc, xpsaSuTîpot, comme aussi bien les synagogues avaient des àpx^uvaywyot, des apxovTsç, des u7UYjpéTat. Ces rencontres verbales tiennent à la communauté de langue (1). L'analogie des
(1) Deissmann, p. 76-77, 270. Dans le Bulletin de l'Institut français d'archéologie orientale, du Caire, 1903, p. 187-202, M. L. Barry a publié « Un papyrus grec, pétition des fermiers de Soknopaiou-Nêsos au stratège», datée d'octobre 207. Sur les vingtsix pétitionnaires, habitants du village susdit, deux occupent des fonctions publiques : l'un est àpyé^oSoç, qui, au sentiment de M. Barry, serait un emploi qui semble concerner le maintien de l'ordre, l'autre est un Trpsaê-jTspoç. Il y avait un ou deux àp/^oSoi dans chaque village, subordonnés à l'irénarque du nome. «Les devoirs du presbytre sont moins bien élucidés. Ce ne sont pas nécessairement des « anciens», puisque Erieus [le presbytre de la pétition] a vingt-huit ans. Ils devaient exercer une surveillance générale sur le village. A la fois maires,