‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 130 sur 306 · XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE · texte numérisé non relu

XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE

fonctions tient aux exigences organiques de toute vie collective. Les églises ne prétendent être ni des juiveries, ni des cités, ni des collegia.

Cet esprit et ces institutions de l'Église naissante, pour être saisis dans leur réalisme, doivent être pénétrés de l'élément surnaturel qui dans le christianisme affecte toute chose. Les fidèles sont enseignés de Dieu, 8eo8(5a*/.- Toc. L'Église est « l'Église de Dieu », les fidèles forment ( l'Israël de Dieu ». Dieu est intervenu dans le Christ pour opérer une nouvelle création. La circoncision n'est rien, l'incirconcision n'est rien : « Ce qui est tout c'est d'être une nouvelle créature » (Gai., vi, 15). L'humanité est «rénovée à l'image de celui qui l'a créée. » Et dès lors il n'y a plus ni Grec, ni Juif, ni circoncis, ni barbare ou scythe, ni esclave ou homme libre, mais «le Christ tout en tous», les « élus de Dieu » (Col., ni, 11-12). Assimiler cette conception au cosmopolitisme stoïcien, serait ne pas tenir compte du caractère propre de l'universalisme chrétien, qui est d'inaugurer dans le monde « une race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s'est acquis » (I Pet., n, 9). Les fidèles, les « saints», sont les « pierres vivantes qui entrent dans la structure de l'édifice, pour former un temple spirituel, un sacerdoce saint » (Id,, 5). L'idée juive dépeuple élu, de sacerdoce, de temple, a été transformée, spiritualisée. En chaque fidèle le Christ vit, les fidèles sont ses membres, il est leur tête : ensemble ils constituent une unité insaisissable qui les lie en un corps mystique, le corps du Christ : « Vous êtes le corps du Christ» (I Cor., xn, 27). Et cette unité n'est pas pour autant purement conceptuelle ou symbolique, elle est l'effet d'une sorte d'insertion de la vie du Christ en chacun de ses fidèles. La foi est une lumière où l'on entre en quittant les ténèbres païennes, elle est une vie à laquelle on naît en se convertissant, et qui se continuera au-delà de la mort. « Quand le Christ

juges de paix, préposés au cadastre, aux impôts, ils prenaient l'initiative des requêtes, des ventes, des emprunts publics. L'administration romaine représentée dans le bourg par le xwitoypaixjia^v; les rendait, semble-t-il, responsables de tout.»

votre vie apparaîtra, alors vous apparaîtrez vous aussi avec lui dans la gloire » (Col., ni, 4).

Ce réalisme et, si Ton peut ainsi parler, cette biologie surnaturelle, aide à comprendre l'élément sacramentel. Le baptême d'abord. Certes l'ablution, comme symbole de conversion et de purification, est une pratique antérieure au christianisme : on peut retrouver de tels « baptêmes » dans le mithraïsme, par exemple, et dans le bain de purification des prosélytes du judaïsme : les « Masbothéens » qu'Hégésippe signale comme une secte juive (Euseb., iv. 22, 5), étaient des baptistes, autant les « Esséniens ». Saint Jean-Baptiste baptisait. La caractéristique qui distingue le baptême chrétien, est qu'il est un baptême au nom du Christ : l'idée de pénitence et de rémission des péchés y est impliquée, il s'y superpose l'idée que le baptisé devient la propriété du Christ. Le baptême est un sceau de propriété (a<ppay(ç). Le Saint- Esprit est donné en même temps. « Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ, celui qui nous a oints, c'est Dieu, lui qui nous a aussi marqués de son sceau (açpaytcàyLsvos i^âç), et a mis l'arrhe de l'Esprit dans nos cœurs » (II Cor., i, 21). Le baptême est le rite de l'initiation à l'Église. Il n'est pas une purification renouvelable : il requiert la foi préalable, il lie d'un lien étroit à la communauté, il impose une vie. « Il n'y a qu'un Seigneur, une foi, un baptême, un Dieu,» un corps, une espérance (Eph., iv, 4- 6). — La communauté chrétienne a ses assemblées : prières, chants, lectures, prédication, et, au centre de ces pratiques, la liturgie du «repas du Seigneur», où, en souvenir du Christ et comme mémoire de sa mort, on réitère dans ses traits essentiels la dernière cène : eucharistie, fraction du pain, calice de bénédiction. Ce pain et ce vin ne constituent pas un simple symbole, ils donnent ce qu'ils représentent, le corps et le sang du Christ, et c'est pour le fidèle communier au sacrifice de la croix, recevoir la vie du Christ et comme un ferment d'immortalité. De même que l'ablution rituelle se retrouve dans les pratiques du judaïsme et du paganisme ambiant, ainsi et plus encore le repas rituel, notamment dans le mithraïsme et dans les Éleusinies. Ici encore, ce n'est pas la rencontre qui nous

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