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XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE

travaille plus que sur les mots. Les péripatéticiens font l'exégèse (TAristote, les platoniciens de Platon : Quse philosophia fuit, facta philologia est, écrit d'eux Séné que.

Mais les stoïciens ont par leur moralisme une emprise réelle sur la société : ils donnent à l'aristocratie de Rome une doctrine des devoirs, qui est moins une philosophie qu'une sorte de religion à peu près « sans dogmes». On voit s'étendre leur action à Rome, au temps même où le christianisme y pénètre : Cornutus (f 66), Sénèque (f 65), Musonius à la même époque, Épictète (f 130), Arrien (f 175), Marc-Aurèle (t 180), sont les grands noms du stoïcisme romain. Le stoïcisme est plus qu'une littérature, il est un apostolat, il a sa propagande populaire, ses missionnaires, qui vont prêcher sur les places et par les rues, et que Wendland compare aux salutistes anglais. Et c'est là un phénomène intéressant, qui révèle un prosélytisme en acte, une lutte entreprise contre le vice et le luxe, un sentiment de la dignité humaine et de l'ascétisme, une doctrine de l'effort, déjà une casuistique. La primauté de la raison conduit à la critique des mythes populaires, le p olythéisme s'en va en allégorie, en symbolisme. Cependant le théisme stoïcien est équivoque. Justin n'a rien appris sur Dieu auprès du stoïcien à qui il demande de lui enseigner sa philosophie : « Il ne le connaissait pas lui-même et il disait que cette connaissance n'était pas nécessaire » (Dialog., ii, 3). Plus exactement, pour le stoïcisme, Dieu, le Dieu unique, est l'âme du monde, il est la loi, la raison, la nécessité, sa personnalité est indécise : Épictète interpelle Dieu, mais il ne le prie pas. L'âme est immortelle, mais sa personnalité s'évanouit dans la mort. Le stoïcisme est un admirable entraînement moral, dont Wendland a pu écrire qu'il « manque de motifs moraux profonds, et d'énergies capables de remuer ce qui est le plus intérieur à l'homme. »

Le stoïcisme n'en est pas moins au second siècle le credo des classes éduquées de Rome. Il est notamment, au temps d'Antonin le Pieux (138-161) et de Marc-Aurèle (161-180), l'inspirateur d'un nouveau développement du droit romain. Il a pénétré alors le droit «romain et en

a fait le droit naturel, le droit philosophique, tel que la raison peut le concevoir pour tous les hommes » (Renan). Le stoïcisme est t l'expression de la raison romaine, d'une sorte de dignité morale « laïque », et d'une religiosité sans foi positive.

L'influence du christianisme sur le stoïcisme, la légende des relations de Sénèque et de saint Paul écartée, échappe à l'histoire. La réaction du stoïcisme sur le christianisme est un sujet qui n'a pas été traité encore avec la compétence désirable. Rappelant la tentative de Bruno Bauer d'expliquer la formation du christianisme comme une dérivation du développement de la philosophie et de la morale profanes, M. Wendland a écrit : « Son hypercritique radicale, qui élimine les plus anciens textes chrétiens et considère le christianisme comme une métamorphose juive du stoïcisme gréco-romain, commençant avec le règne de Vespasien (69-79), a fait faillite, alors même que les (lignes) parallèles ( des deux mouvements), considérées sous d'autres angles, sont des parties dignes d'attention. Bauer n'a pas manqué de disciples, ils sont négligeables. L'historien qui ne veut pas reconnaître dans les grandes épîtres paulines et dans le fond synoptique une vie religieuse individuelle, est perdu pour la science historique. » C'est très vrai ; cependant la foi chrétienne, en faisant appel à la raison, en s'alliant à elle, rencontre le stoïcisme et en bénéficie. On l'a démontré pour le De officiis de saint Ambroise, au ive siècle ; ne serait-ce pas vrai, à quelque titre, des apologistes du second ?

17. Le christianisme, parce qu'il pénètre dans la société gréco-romaine, ne peut tenir sa culture, quelle qu'elle soit, pour quantité négligeable. L'ignorer de parti pris n'est pas possible. Il est vrai qu'on peut la maudire. Tertullien (il est né à Carthage vers 155) semble n'avoir été formé avant sa conversion à toute la culture, soit grecque, soit latine, que pour l'exécrer une fois converti. Il dénonce les maîtres d'écoles et les professeurs de lettres comme liés au polythéisme, affines omnimodx idololatriœ ; il veut qu'un chrétien sache lire, il ne veut pas qu'il soit maître d'école, ludimagister {De idol., 10). Contre la philosophie, contre la dialectique aristotélicienne en particulier, sa

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