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XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE

eux : Basilide se réclame d'un Glaukias qui aurait été interprète de l'apôtre Pierre, Valentin d'un Théodas qui aurait été disciple de l'apôtre Paul, Carpocrate de révélations confiées êv ^.uanrçpcw par Jésus à ses apôtres, et transmises aussi êv ^uaTY]pcw à des croyants dignes d'un tel dépôt. Les « apocryphes » se multiplient parmi eux. On devine que, perpétuellement en concurrence avec la grande Eglise, ils ont besoin d'opposer une tradition à sa tradition. Il est significatif, le mot que le valentinien Ptolémée écrit à Flora : « Tu sauras le reste, Dieu aidant, quand tu seras digne de la tradition apostolique que par succession nous aussi nous avons reçue» (Epist., v, 10).

Le gnosticisme développe dans ses conventicules une religiosité où il pratique avec les sacrements de la grande Église, baptême, eucharistie, entendus en un sens plus souvent à côté, des sacrements nouveaux qui font penser aux mystères des cultes païens, et dont le symbolisme ne laisse pas d'être beau, quand il veut bien être intelligible. On a souvent cité l'épitaphe (valentinienne ?) trouvée à Rome et remontant au 111e siècle : « Désireuse de voir la lumière du Père, compagne de mon sang, de mon lit, ô ma sage, parfumée, au bain sacré, de la myrrhe incorruptible et pure du Christ, tu t'es hâtée d'aller contempler les divins visages des éons, le grand ange du grand conseil, le Fils véritable, pressée que tu étais de te coucher dans un lit nuptial, dans le sein paternel des éons... » L'étude directe des fragments qui se sont conservés des grands gnostiques du second siècle, ainsi les fragments de Valentin et de Théodote cités par Clément d'Alexandrie, ou la lettre de Plotémée à Flora (elle a été conservée par saint Épiphane), expliquent le crédit et l'attrait du gnosticisme sur les âmes pour lesquelles le rationalisme stoïcien était lettre morte, et qui s'ouvraient à un mysticisme nouveau.

20. Les hérésiologues du catholicisme (Justin, Irénéè, Hippolyte, plus tard Épiphane, Théodoret) ont relevé et décrit toutes les dénominations de « gnostiques » qu'ils ont connues, entre lesquelles il n'est pas aisé à la critique de se reconnaître, parce que les synonymies peuvent lui échapper, parce que certaines dénominations peuvent étiqueter des « gnostiques » qui n'ont rien de commun

avec le christianisme , et parce que d'autres dénominations caractérisent moins des sectes que des tendances (docétisme, encratisme). On distingue un gnosticisme d'écoles (celui auquel appartiennent les noms de Gérinthe à Éphèse, de Satornil à Antioche, de Carpocrate en Chypre, de Basilide en Egypte, de Valentin à Rome, et des disciples de Valentin), et un gnosticisme de confréries dont on ne connaît pas les fondateurs, mais seulement les noms plus ou moins mystiques qu'elles portaient ou dont on les affublait (barbeliotes, naasséniens, pérates, ophites...). Le nom de yvwcmxoi est une appellation que revendiquaient certains groupes, les naasséniens par exemple, et qui a été étendue à tous par les controversistes catholiques du temps.

Ces mêmes controversistes se sont appliqués à mettre en contraste l'unité de foi de la grande Église et la dogmatique en désarroi des gnostiques, sophislœ çerborum magis quant discipuli veritatis, comme dit d'eux Irénée. Cette variété d'invention ne laisse pas de recouvrir quelques pensées communes et centrales. Il semble bien que le problème qui se pose à tous est celui des rapports de Dieu et du monde : Dieu étant conçu comme parfait et le monde se manifestant mauvais, le monde ne saurait être l'œuvre de Dieu, mais de puissances intermédiaires hypostasiées, les éons, qui s'échelonnent entre l'infini et la matière. L'esprit, qui est divin, prend ainsi contact avec la matière, il y est introduit, il y est prisonnier : un éon le délivrera, qui est un éon de premier rang, le Sauveur. L'esprit de l'homme, à qui cette révélation est faite, sait désormais que le divin vit en lui et que la route lui est ouverte vers le plérôme de Dieu. Et de cette vue des choses, conclut M. Kriiger que je cite, suit le dualisme du Dieu Très Haut et du démiurge, l'un étant le Dieu de l'Évangile, l'autre celui du judaïsme, et le dualisme du Christ-Sauveur et du Jésus historique, le premier s'étant uni au second au moment du baptême et étant revenu à Dieu au moment de la passion... Une anthropologie et une christologie s'insérant dans une cosmologie.

21. Qu'est-ce que ce courant de spéculation et de religiosité ? Harnack le qualifiait d'« hellénisation aiguë du christianisme », mais est-ce l'hellénisme qui est ici en jeu ?

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