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XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE

Le catholicisme d'Irénée a Origène

23. Si Ton en croyait certains historiens d'hier, le gnosticisme aurait été une crise intérieure au christianisme, et le résultat de la crise aurait été la transformation de ce christianisme supposé amorphe en catholicisme, c'està-dire en une confédération d'églises, chaque église personnifiée en son évêque : l'unité partout, dans le canon désormais arrêté des Écritures, dans la règle de foi (Symbole des apôtres), dans l'idée de tradition apostolique et de succession épiscopale, dans le culte : cette confédération et cette unité ayant désormais l'église de Rome pour centre et pour arbitre. Une critique plus attentive aux faits tend, au contraire, à rejeter le gnosticisme à la périphérie de la grande Église, à reconnaître l'existence de cette grande Église, et dans cette grande Église une foi formée, une constitution organique, une mentalité, dont les traits s'accusent bien avant que le gnosticisme n'apparaisse. Esquissant les grandes lignes de la doctrine de Tertullien catholique, M. Harnack n'hésite pas à écrire : « Tous ces traits, comme nous pouvons le prouver textes en mains, s'annoncent déjà au premier siècle et dans les écrits du Nouveau Testament ; ils s'annoncent seulement, les uns plus fortement, les autres plus faiblement... Le catholicisme est ainsi, si nous y comprenons ses états embryonnaires, aussi ancien que l'Église. »

Quelques écrivains sont excellemment représentatifs de ce catholicisme.

Irénée a été formé auprès des presbytres d'Asie ; il a passé par Rome au temps où Justin y enseignait, et il est possible qu'il y ait lui aussi enseigné; dès 177, il est établi à Lyon, où son épiscopat est contemporain de celui de Victor (189-198) à Rome. Comme Justin, il est ouvert à la culture hellénique et capable de citer Homère et Platon. Gomme lui, il connaît la littérature des hérétiques contre qui il controverse. Son œuvre capitale est sa Réfuta-

tion de la prétendue gnose. Tertullien appartient à l'Église de Carthage, où, converti en 195 environ, il a été chargé de l'instruction des catéchumènes. Il est apologiste, controversiste, il est un vigoureux et mordant écrivain. Il passera au montanisme vers 213, et tournera contre le catholicisme les derniers coups de son âpre génie. Hippolyte, un grec de Rome, disciple d'Irénée, dit-on, presbytre de l'Église romaine au temps de Zéphyrin (199-217), passé au schisme sous son successeur Calliste (217-222), est avant Origène le type du théologien encyclopédiste : exégète, controversiste, dogmatiste, chronographe, canoniste, orateur. Les restes de son œuvre témoignent que la prodigieuse activité d'un Origène à Alexandrie et à Césarée a eu presque son égale à Rome dans les premières années du ine siècle. Nous avons cité plus haut Clément, le maître du BiBacrxaXeïov d'Alexandrie vers 190-210. Origène (il meurt en 254 ou 255) est assez connu pour qu'il suffise ici de le mentionner : s'il n'est pas « le créateur de la dogmatique ecclésiastique », comme l'a appelé Harnack, il en est bien l'ouvrier le plus puissant en tous ses domaines, en attendant le génial Augustin.

Décrire le catholicisme, dogmes et institutions, tel qu'il se révèle dans les écrits qui nous restent de la période Irénée-Origène, ne rentre pas dans les limites du présent exposé, et il suffit de renvoyer aux Histoires des dogmes et aux monographies qui en traitent. Je ne veux que mentionner trois épisodes capitaux.

24. Le premier est l'élimination du marcionisme. Marcion, de Sinope, contemporain de Valentin, a enseigné à Rome, vers 140. Il rompt avec l'Église romaine en 144. Justin, qui a écrit un Adversus Marcionem (perdu), parle de lui, autour de 150, comme d'un hérétique vivant encore et comme d'un redoutable séducteur de fidèles. A la différence des gnostiques qui ne forment que des écoles ou des confréries, les marcionites forment des églises détachées de la grande Église, notamment en Asie et en Syrie, dont il subsistera encore un grand nombre au ive siècle. Marcion est un gnostique, si l'on veut; il est plus encore un logicien, qui pose quelques idées simples, et institue en les appliquant une réforme du catholicisme.

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