‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 143 sur 306 · XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE · texte numérisé non relu

XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE

Il rejette l'exégèse allégoristo de l'Ancien Testament ; il voit entre l'Ancien Testament et le Nouveau une antithèse si totale, qu'il ne reste plus qu'à sacrifier l'Ancien comme l'œuvre d'un Dieu qui n'est pas le Dieu Père (et nous rejoignons le dualisme gnostique) ; du Nouveau lui-même, il sacrifie tout ce qui n'est pas de saint Paul, et dans saint Paul tout ce qui présuppose la révélation juive. L'Incarnation est une théophanie, et cependant la rédemption est réelle. Avec Marcion, point d'apocryphes, mais une critique systématique, une règle de foi réformée, un canon des Écritures épuré, tout cela fondé sur l'autorité d'un apôtre, Paul. L'Église marcionite placera l'autorité de Marcion lui-même à la hauteur de celle de Paul. Cependant cette canonisation ne sauvera pas le marcionisme des discussions doctrinales : il dure en tant qu'il est un puritanisme moral et une organisation ecclésiastique, il se désagrège en tant que dogmatique d'école.

Rhodon (vers 180-190), qui, asiate, a été formé à Rome par Tatien, lui-même disciple de Justin, rapporte une rencontre qu'il eut avec Apelles, disciple de Marcion : tandis que Marcion pose deux principes (àp-/ac), Apelles n'en admet qu'un, tout en professant que les prophéties viennent d'un esprit ennemi. Synéros, qui est un autre chef d'école marcionite, croit à trois principes. Apelles était l'auteur d'un traité intitulé Syllogismes. Les propos que lui prête Rhodon (Euseb., V, xm, 5-7) témoignent que sa syllogistique lui donnait peu de certitude : « Le vieil Apelles, écrit Rhodon, s' étant abouché avec nous, nous lui montrâmes qu'il se trompait en beaucoup de choses, si bien qu'il fut réduit à dire qu'il ne fallait pas si fort examiner les matières de la religion, que chacun devait demeurer dans sa croyance, que ceux-là seraient sauvés qui espéraient dans le crucifié, pourvu qu'ils fussent trouvés gens de bien, et il avouait que le point le plus obscur pour lui était ce qui concernait Dieu... Pour moi, je lui reprochai en riant de se donner le titre de maître, sans pouvoir alléguer aucune preuve en faveur de sa doctrine. »

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