‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 146 sur 306 · XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE · texte numérisé non relu

XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE

corpus (le mot est de lui) toute îa vérité divine et humaine.

La « philosophie hellénique » a ses mensonges, écrit-il, mais aussi des éléments non méprisables de vérité. D'autre part, la parole de Jésus s'est répandue sur toute la terre habitée ; elle a conquis des rois, des stratèges d'arméeSj des magistrats de cités, des soldats, des citoyens : rien ne lui a barré la route, car elle était la parole de Dieu, plus forte que ses antagonistes, plus forte que la Grèce, plus forte que la barbarie : elle a converti des milliers d'âmes à la religion selon Dieu. Sans doute, il est parmi ces âmes plus de simples que de lettrés. Mais de là à dire, comme Celse, qu'une doctrine accessible à toute âme sous le soleil est une doctrine de simples, et du fait de sa simplicité n'est pas capable d'être raisonnée, c'est une gratuite injure. Quiconque vient à elle des gymnases helléniques, en découvre la vérité, et qu'elle se prête à une « démonstration hellénique ». Nous enseignons sans dire jamais : Croyezmoi. Nous ne disons pas même aux simples : Ne touchez pas à la science. Nous disons : Croyez le Dieu de l'univers et croyez le maître de ce qui se sait sur Dieu, Jésus (1).

Et ce langage, comme celui des apologistes, dont Origène est le plus puissant, s'adresse à l'opinion grecque et romaine. Eusèbe a connu des lettres d'Origène à l'impératrice Severa, femme de l'empereur Philippe l'Arabe, des lettres à Philippe lui-même. Si, comme il est probable, l'empereur Philippe (244-249) a été chrétien, primus de regibus romanis christianus, dit saint Jérôme (Vir. inl., 54), combien il est remarquable que de son règne date le Contra Celsum d'Origène !

L'intégrale critique du christianisme que contient le Discours véritable du païen Celse, un grec de Rome, philosophe, mais attaché au formalisme des cultes officiels, a été écrite dans les dernières années de Marc-Aurèle (entre 177 et 180). Origène répond à ce réquisitoire, l'année même du millénaire de Rome (248). Il le suit pied à pied, il cite ses dires textuellement, puis il les réfute. L'attaque de Celse était assez méthodique pour donner à Origène

(1) Origen., Contra Cels., cité dans mon Église naissante, p. 355-

Je plan de ses huit livres et l'occasion d'y traiter les principales questions que soulève sur le terrain de l'histoire et de la théodicée le fait chrétien. C'est une façon d'argumentation du vieux monde et du jeune catholicisme : les deux parties plaident au fond. Hort a écrit du Contra Celsum qu'il est « la meilleure et la plus compréhensive défense de la foi chrétienne qui nous soit venue du temps des Pères : la foi n'y est pas défendue contre les préjugés ou la malice du populaire, comme c'est le cas avec les premiers apologistes, mais contre un acte d'accusation étudié, vigoureux, d'un philosophe païen, qui était (il semble) un juriste romain accompli, qui écrivait au nom de la plus haute philosophie du temps, et avec le souci passionné du bien de l'Empire romain... Tout ce traité est à lire et à relire. » Il est le point culminant du long travail par lequel le christianisme s'est introduit dans le monde ancien, s'y est établi, s'y est affirmé, et s'apprête à le subjuguer.

La mêlée du 111e siècle

28. Quand on a esquissé, comme nous venons de le faire, le progrès du catholicisme dans le monde gréco-romain entre 180 et 250, du règne de Marc-Aurèle au règne de Philippe l'Arabe, la question se pose : pourquoi Philippe l'Arabe a-t-il eu Dèce pour successeur, et non quelque Constantin ? pourquoi la conversion de l'empire a-t-elle tardé encore plus d'un demi-siècle ? La raison en est que la résistance au christianisme était très forte, et très forts les contre-courants qui entraînaient soit la religiosité, soit la philosophie, soit la politique du monde païen.

Marc-Aurèle mort (180), le stoïcisme, qui pendant cent ans a été l'esprit de l'Etat et de l'élite, le stoïcisme s'évanouit. Renan fait coïncider le règne de Marc-Aurèle avec « la fin du monde antique », et le sentiment est juste en ce sens que désormais un esprit va prédominer, étranger au vieil esprit gréco-romain : c'est l'esprit cosmopolite et

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