‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 150 sur 306 · XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE · texte numérisé non relu

XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE

La persécution de Dèce ne se comprend que comme l'application obstinée d'un principe juridique, d'une raison d'État. Gallus y est fidèle, mais Valérien rend aux chrétiens la paix. Aussitôt le christianisme reparaît à la cour même. L'évêque d'Alexandrie, Denis, parle de Valérien comme d'un prince dont la douceur pour « les hommes de Dieu » n'a pas eu son égale parmi les empereurs « qu'on disait ouvertement être chrétiens » (Euseb., vu, 10, 3).

Puis la persécution est imposée (257) au trop faible Valérien, par son ministre Macrien, que Denis représente comme une sorte de grand-maître (àpxta'JVC*YwY°ç) des mages d'Egypte, et comme ayant afîolé Valérien par « des rites impurs et par des liturgies magiques » : à la raison d'État s'allie dans le cas de Valérien la pression d'une secte (isiaque ?). L'édit de 257 n'impose pas aux chrétiens d'abjurer, comme faisait l'édit de Dèce ; il leur impose de participer aux cultes officiels, et il leur interdit toute réunion (conciliabula), fût-ce dans les cimetières ; c'est le syncrétisme obligatoire, c'est aussi une reconnaissance du christianisme comme culte strictement privé. Au contraire de l'édit de 257 qui ne vise que le clergé, évêques, prêtres, diacres, et ne menace les contrevenants que de l'exil, l'édit de 258 porte que les contrevenants, s'ils sont évêques, prêtres, diacres, seront exécutés incontinent ; les fidèles, s'ils sont sénateurs, egregii viri, chevaliers, seront dépouillés de leur dignité et de leurs biens, et, en cas d'obstination, décapités ; les matrones seront dépouillées de leurs biens et exilées; lesCœsariani, fonctionnaires de la maison du prince, auront leurs biens confisqués et seront transportés enchaînés dans les domaines impériaux (cœsarianœ possessiones) ; toute participation à une réunion de culte chrétien entraîne la peine de mort. Cet édit inouï est sanctionné par le sénat. L'église de Rome paye la première, le pape Xystus II est exécuté in cimiterio. A Carthage, Cyprien a la tête tranchée ; à Tarragone, Fructuosus,... toute la catholicité est mise à sang. Au moment où Fructuosus marche au supplice, un fidèle s'approche de lui et lui demande de se souvenir de lui. Le vieil évêque lui répond : « Il faut que je pense à

FÉglise catholique, répandue de l'Orient à l'Occident ! »

Des rigueurs comme celles de l'édit de 258 ne sont exécutables que contre des petits groupes dispersés, pas contre une collectivité qui s'étend à tout l'empire, qui s'affirme dans les masses populaires et dans les plus hauts rangs de la société, qui est compacte, organisée, hiérarchisée. Un Maximin, un Dèce, un Valérien, ont contre eux autant l'inefficacité de leurs rigueurs que le désaveu tacite des princes qui y renoncent. Gallien (260-268) restaure la paix, une paix qui ne sera plus troublée jusque dans les derniers temps de Dioclétien, en 303. Les rescrits par lesquels Gallien restitue aux évêques les cimetières, les églises et la liberté du culte (Euseb., vu, 13), sont une reconnaissance officielle de la hiérarchie épiscopale, de la propriété ecclésiastique, de la licéité de la religion jusquelà illicite. Les édits pacificateurs de Gallien auraient eu l'effet de l'édit de Milan, si Gallien avait eu la clairvoyance et la fermeté de Constantin, s'il avait su assurer l'empire contre les derniers retours offensifs de l'étatisme païen.

31. L'impératrice Salonine, femme de Gallien, groupe autour d'elle des philosophes, comme a fait- Julia Domna, et c'est le moment du succès du néoplatonisme à la cour

On donne pour initiateur au néoplatonisme cet Ammonius Saccas (il est mort vers 242), qui fut à Alexandrie le maître d'Origène, et dont Porphyre (contredit d'ailleurs par Eusèbe) affirme qu'il abandonna le christianisme « quand il eut goûté de la raison et de la philosophie» (Euseb., vi, 19, 7). Ses disciples connus furent Longin, Herennius, mais surtout Plotin, qui vint à Rome (vers 244) et vingt-quatre ans y tint école. Les Ennèades publiées par Porphyre sont la somme de l'enseignement de Plotin. Jamblique (f 330) est un élève de Porphyre.

Le néoplatonisme est la dernière école de philosophie du monde antique ; elle subsiste jusqu'au vie siècle partout où se maintient un enseignement public, à Pergame, à Alexandrie, à Athènes. Par Ylsagogue de Porphyre, le néoplatonisme a enseigné la grammaire de la métaphysique au moyen-âge, par l'oeuvre du faux Aréopagite (vers 475) il lui a révélé la connaissance mystique de Dieu. Saint Augustin est platonicien à travers le néoplatonisme r

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