XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE
dont Tinfluence est prépondérante sur sa pensée ; c'est lui qui qualifie Plotin, Jamblique, et Porphyre, de philosophi nobilissimi (Civ. Dei, vin, 12), et c'est chez eux qu'il trouve un refuge sûr contre le scepticisme des Académiciens.
Le néoplatonisme est plus près du christianisme que ne l'a été jusqu'ici aucune philosophie née sur le sol antique: c'est qu'aussi la voie lui a été ouverte par le juif Philom et aussi par les écrivains catholiques, comme Justin, même par les écrivains gnostiques comme Valentin ou Basilide. Si loin qu'il y ait, philosophiquement parlant, des systèmes gnostiques informes à la construction achevée des néoplatoniciens, M. Harnack estime que ces systèmes contenaient certainement tous les éléments de la conception du monde que le néoplatonisme a mis en œuvre : le philonisme et le gnosticisme ont été des anticipations du néoplatonisme. Le néoplatonisme est un syncrétismeproprement grec : il se réclame de Platon, tout en étant tributaire de l'aristotélisme pour la méthode, et du stoïcisme pour l'éthique : il répudie toute donnée mythologique, par là il a une avance singulière sur le syncrétisme du temps des Sévères. Il est une philosophie dont Dieu est le centre, pour qui la sagesse est le retour de l'âme à Dieu, et pour qui Dieu est atteint, dans l'acte le plus sublime de la connaissance, par une union directe, qui s'appelle l'extase. Ce n'est pas là une religion, c'est une philosophie qui prétend tenir lieu de religion, c'est un mysticisme panthéistique : grâce au néoplatonisme, a dit spirituellement Mgr Duchesne, l'hellénisme eut enfin une théologie.
Mais cette théologie qui s'accommode du polythéisme traditionnel, cette théologie qui sera celle de l'empereur Julien, cette théologie est au fond beaucoup moins une avance faite au christianisme, qu'un rationalisme pour se défendre contre lui. Cet antichristianisme, aussi conscient qu'au temps de Celse, se réalise dans un livre, le Contra christianos, dont l'auteur était celui-là même qui écrivit Ylsagogue et publia les Ennéades, Porphyre. On a dit (la chose n'est pas sûre) que Porphyre avait été chrétien, il aurait été déconverti par Plotin, en devenant son disciple à Rome (263-268) ; il écrivit le Contra christianos?
vers 270 en Sicile ; il revint à Rome, où il enseigna, et où il mourut en 303. Non seulement le livre a été supprimé par ordre de Théodose II (en 448), mais les réfutations ont péri qu'en avaient données des écrivains chrétiens, Méthodius, Eusèbe, Apollinaire, Philostorge... Nous ne connaissons l'œuvre que par des citations d'Eusèbe, d'Augustin, de Macarius Magnes... : elle contenait un examen qu'Eusèbe traite de « calomnie des divines Écritures », et qui semble avoir été une amère critique des interprétations allégoristes d'Origène (Euseb., VI, xix, 4). Augustin montre Porphyre favorable au Dieu du judaïsme, favorable au Christ considéré comme un homme pieux et immortel, mais impitoyable aux chrétiens (Cw. Dei\ xix, 23). On faisait circuler, à cette époque, des oracles d'Apollon et autres dieux invectivant les chrétiens, où s'exprime la haine exaspérée du paganisme : Porphyre les cite avec complaisance.
Sur Origène, sur la conciliation qu'il personnifie de la culture hellénique et de la « barbarie» chrétienne, a porté tout l'effort de Porphyre. Le néoplatonisme accepterait le monothéisme des Juifs, et que le Christ fût tenu pour un homme divin, mais la christ ologie qui est le cœur du christianisme est folie pour les Grecs, comme au temps de saint Paul. L'oracle d'Apollon (cité par Porphyre) est sarcastique pour « l'irrémédiable » erreur chrétienne ; Pergat quo modo vult inanihus fallaciis mortuum deum cantans !
32. Le synchronisme est donc frappant de l'enseignement de Plotin à Rome et des erreurs de Paul de Samosate à Antioche. Paul a été fait évêque d'Antioche (en 260) par la faveur de la reine de Palmyre. la juive Zénobie, dont relève à ce moment Antioche, et dont il est une sorte de vice-roi, cumulant l'épiscopat avec la fonction de receveur des finances, procurator ducenarius. Il a une sorte de cour, où fait figure le rhéteur néoplatonicien Longin. Sa théologie ne tarde pas à se manifester aussi sécularisée que sa personne : « C'est un sophiste » (au sens professionnel du terme), lit-on dans la sentence de sa déposition. Et encore : « Les psaumes en l'honneur de Notre-Seigneur Jésus-Christ », — rappelez-vous le