XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE
deum cantans de l'oracle cité plus haut, — « Paul les a supprimés, prétextant qu'ils sont modernes. » La vraie raison est que « il ne veut pas confesser avec nous que le Fils de Dieu est venu du ciel : Jésus-Christ, dit-il, vient de la terre » (Euseb., vu, 30, 10-11). Paul est un monarchien, pour qui le logos et l'Esprit ne se distinguent pas hypostatiquement de Dieu. Le logos ainsi compris a sanctifié et inspiré l'homme- Jésus né de Marie, il a habité en Jésus comme dans un temple, et de là vient l'excellence de Jésus, sa dignité divine, si bien que l'on peut l'appeler « Dieu né d'une vierge », encore qu'il ne laisse pas d'être par nature un pur homme. Paul organise ainsi une christologie dont pourrait s'accommoder le néoplatonisme contemporain.
L'arrière-pensée de Paul de Samosate ne nous est pas connue. Était-il un néoplatonicien ? Était-il en quête d'une formule syncrétiste capable de rallier le judaïsme de Zénobie ? Filastrius a écrit de Paul : Hic Christum hominem iiistum, non deum verum prœdicabat, iudaïzam potins... (Hœr., xxxvi, éd. Marx). Quoi qu'il en soit, Paul semble n'avoir pas eu plus de goût que Porphyre pour l'interprétation allégoriste des Écritures : en cela il prélude à ce qui sera la méthode de l'école exégétique d'Antioche, et il est possible que le maître véritable de cette école, Lucien, ait tenu à lui de très près. La christologie de Paul est une anticipation de l'arianisme et du nestorianisme.
La réaction du catholicisme ambiant contre la personne et l'enseignement de Paul, fut immédiate. Depuis la fin du second siècle, en pays grecs, on tenait des conciles d'évêques soit de chaque province, soit de plusieurs provinces. Dans l'affaire de Paul, il y eut jusqu'à trois conciles successivement réunis à Antioche, entre l'année 264 et l'année 268 : le troisième aboutit à la condamnation de Paul, qui fut notifiée par une lettre synodale adressée « à Denis et à Maxime, et à tous ceux qui exercent avec nous le ministère sacré dans toute la terre habitée, évêques, prêtres, diacres, et à toute l'Église catholique qui est sous le ciel. » L'évêque de Rome, Denis, a le premier rang dans l'épiscopat de la chrétienté, et telle est la
confédération de toutes les églises que l'affaire d' Antioche et la déposition de son évêque intéressent la foi de toute la terre habitée.
En 270, l'empereur Aurélien entreprenait de réduire l'extension du royaume de Zénobie : il lui reprit Antioche, où Paul appuyé par elle se maintenait encore en possession au moins de « la maison de l'église. » Aurélien, à qui les fidèles d' Antioche en appelèrent, ordonna que « la maison fût attribuée à ceux à qui les évoques d'Italie et de la ville de Rome l'adjugeraient. » Cette sage réponse n'est pas cependant un indice que le successeur de Gallien ne fût pas dangereusement en retard sur l'évolution des esprits.
DlOCLÉTIEN ET CONSTANTIN
33. On peut s'en rendre compte en voyant l'empereur Aurélien, au lendemain de la ruine de Palmyre, élever sur le Quirinal un temple au dieu palmyrénien du soleil, créer un sacerdoce du soleil, et sur les monnaies proclamer le soleil seigneur de l'empire romain, Sol dominus imperii romani. Il y eut des martyrs dans les derniers temps du règne. Des influences, dit Eusèbe, poussaient Aurélien à mettre sa signature aux édits préparés contre les chrétiens, lorsqu'il mourut.
L'Église eut la paix sous Tacite (275-276), sous Probus (276-282), sous Carus (282-284). Elle en profitait pour étendre sa pacifique pénétration. — Il suffit de jeter les yeux sur la carte dressée par M. Harnack de l'extension géographique du christianisme au début du ive siècle, pour se rendre compte du progrès silencieusement accompli. C'est dans les provinces grecques que le christianisme atteint son maximum de densité, mais aussi en Egypte autour d'Alexandrie, dans l'Afrique proconsulaire autour de Carthage, dans le midi de l'Espagne autour de Cordoue, dans le midi de la Gaule autour de Toulouse, d'Arles et de Lyon. La Sicile et l'Italie (jusqu'à Aquilée ) sont christianisées, autant la Belgique (autour de Trêves). Le christianisme est établi en Bretagne, aux bords du Rhin (autour de Cologne), aux