XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE
qu'entre 303 et 305. Mais dans l'Europe orientale et dans l'Orient, la persécution sanglante continue avec Galère et Maximin.
Le régime de terreur et de sang inauguré par Dioclétien en 303 ne sera aboli qu'en 313 par l'édit de Milan : je n'ai pas à entrer dans le détail, il suffit de citer ces deux lignes de Sulpice Sévère {Chroii., n, 32) : Nullis unquam magis bellis mundus eihaustus est, neque maiore unquam triumpho vicimus, quam cum decem annorum siragibus vinci non potuimus.
On ne respira qu'en 311, qui est la date de l'édit où Galère, malade, vaincu parla défaite de sa politique, en fait l'apologie en y renonçant : « Entre toutes les mesures que nous n'avons cessé de prendre pour le bien et l'utilité de la république, nous avions voulu naguère ramener toutes choses aux anciennes lois et à la discipline traditionnelle des Romains, et pourvoir notamment à ce que les chrétiens qui avaient abandonné la religion de leurs pères, revinssent à de meilleurs usages... » Galère constate l'échec de ses pieux et sages desseins, et il continue : « N'écoutant que notre extrême clémence et notre perpétuelle disposition à traiter doucement tous les hommes, nous avons cru devoir étendre jusqu'aux chrétiens aussi notre indulgence, et permettre que désormais ils existent, et rétablissent leurs assemblées... En retour de notre indulgence, ils devront prier leur Dieu pour notre santé, et pour l'État... » (Lactant., De mort., 34). L'édit est du 30 avril 311. Il ne fait qu'étendre aux provinces qui relèvent de Galère le régime de tolérance que Constantin a donné aux siennes.
Galère meurt en mai 311. Maximin ne désarme pas comme fait Galère, et la terreur continue en Orient et en Egypte deux années encore. Au moment de mourir (313), après sa défaite à Andrinople par Licinius, Maximin publie cependant un édit par lequel il désavoue lui aussi la politique des « très divins Dioclétien et Maximien », qui a ensanglanté les provinces qu'il gouvernait: il octroie aux chrétiens la liberté, il leur permet de restaurer leurs églises, il leur rend ce que le fisc leur avait confisqué d'immeubles et de terres (Euseb., XI, x, 7-11).
Licinius, maître désormais de l'Europe orientale en
même temps que do l'Orient et de l'Egypte, fait afficher à Nicomédie (13 juin 313) l'édit que, de concert avec Constantin, maître de l'Occident depuis la défaite et la mort de Maxence au pont Milvius (28 octobre 312), il a publié à Milan (mars 313). « Considérant depuis longtemps déjà que la liberté de la religion ne pouvait être refusée, et que l'on devait donner à chacun, selon son opinion et sa volonté, la faculté de se diriger à son gré dans la pratique des choses divines, nous avions ordonné que chacun, les chrétiens y compris, pût demeurer fidèle à ses principes religieux.» Et ceci est un rappel de l'édit de Galère d'avril 311. Les dispositions de Maximin ont fait échec à cette concession de la liberté. Mais maintenant, « heureusement réunis à Milan, moi Constantin Auguste, et moi Licinius Auguste..., parmi les choses qui paraissaient profitables au plus grand nombre, nous avons cru devoir assigner le premier rang à ce qui concerne le respect de la divinité, en accordant aux chrétiens et à tous la libre faculté de suivre la religion de leur choix, afin que tout ce qu'il y a de divinité dans le séjour céleste puisse être apaisé et propice, à nous et à tous ceux qui sont placés sous notre autorité... »
On ne transcrit pas ces lignes impériales sans émotion. C'est la paix enfin conquise, c'est l'assurance qu'aucune -conscience ne sera désormais violentée, c'est la profession par les deux empereurs du culte de la summa divinitas sans plus aucun rappel des dieux immortels. C'est le christianisme reconnu comme une immense association, corpus christianorum. C'est aussi la restitution aux chrétiens, à ce corpus christianorum, de leurs églises et de leurs biens d'églises. Les deux empereurs agissent, en tout cela, au nom de la raison d'État, et, comme ils le déclarent, sous la dictée de la saine et droite raison, salubri ac rectissima ratione. Dans l'édit de Milan, le droit romain, rallié à un théisme de raison, indépendant de toute « dénomination » religieuse, assure à toutes les religions une liberté entière, dans les limites de l'ordre public : le droit romain atteint du coup à la formule réalisée par la constitution des États-Unis d'Amérique.