XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE
deux cent cinquante années d'une existence perpétuellement menacée et si souvent ensanglantée, est-elle acquise sans retour possible ? Rien n'est changé encore à la situation légale des cultes païens : les temples et les sacerdoces subsistent, Constantin porte toujours le titre de Pontifex maximus. Il sait avec quels ménagements un prince doit toucher aux institutions qui s'enracinent dans les consciences. Quelle différence entre lui et Licinius ! Licinius revient sur les concessions octroyées à Milan, il exclut l'armée, il exclut les fonctionnaires du droit à la liberté de conscience, il légifère maladroitement sur la police du culte chrétien : la persécution se rouvre en Orient comme une plaie encore mal cicatrisée. Licinius meurt enfin (323), Constantin est seul empereur, la paix est assurée, il y a plus, la protection officielle du christianisme commence t sans que la liberté du paganisme soit encore supprimée : la politique de l'édit de Milan est maintenue avec fermeté, avec loyauté, pendant que Constantin lui-même, en dépit de la brutalité de son naturel, prend de plus en plus le langage d'un catéchumène : « Dieu très bon et très grand..., je t'ai consacré mon cœur dans l'amour et la crainte, car j'aime sincèrement ton nom, et je révère ta puissance, que tu as manifestée par tant de preuves, et par laquelle tu as confirmé ma foi. Je me hâte donc de prendre le fardeau sur mes épaules, et de travailler à la restauration de ta très sainte demeure, que les scélérats et les impies avaient tenté de détruire ! » Tel est du moins le langage que lui prête l'historien Eusèbe (VitaConst., n, 55), qui a en Constantin un prince selon son cœur. Les faits sont d'ailleurs là et répondent à ce langage : le trésor impérial aide partout à la reconstruction des églises, des lois sont publiées qui constituent les premières immunités civiles du clergé, le culte païen a toute raison de redouter que ses jours soient comptés. « Quant à ceux qui se tiennent à l'écartr qu'ils gardent, puisqu'ils le veulent, les temples du mensonge», écrit Constantin, pour qui les chrétiens sont seuls à « bien penser » (Id., n, 56).
36. La meilleure preuve que l'on pense bien est de penser d'accord : Constantin veut liquider les divisions qu'il voit dans le catholicisme, le schisme donatiste en Afrique, la Hist. Rel. — ii - 20
controverse arienne à Alexandrie. On fera l'unité dans TÉglise pour la mieux faire ensuite dans tout le monde romain. Mais cette unité ne peut être procurée que par TÉglise elle-même : l'évêque de Cordoue, Hosius, et l'évêque de Nicomédie, l'autre Eusèbe, suggèrent à Constantin la tenue d'un grand concile où toute la catholicité sera représentée.
Le concile se réunit dans l'été de 325, dans une petite ville de Bithynie, Nicée, .proche de Nicomédie où réside l'empereur. Par « des lettres pleines de respect », Constantin a convoqué les évêques « de l'univers» (Vita Const., m, 6) : en fait, on y rencontre des évêques de toutes les provinces de l'empire romain, et un aussi de Perse. Le nombre total n'est cependant que de deux cent cinquante à trois cents évêques, la plupart d'Egypte, d'Orient et d'Asie- Mineure. « Mon vœu était ardent, ô amis, de vous voir rassemblés, leur dit Constantin dans sa harangue d'ouverture. Aujourd'hui mon vœu est accompli. Aussi je remercie Dieu, le roi de l'univers, qui, outre les innombrables bienfaits dont il m'a comblé, m'accorde la grâce, la plus grande de toutes, de vous réunir tous, et d'être témoin du concert unanime de vos sentiments. Qu'aucun ennemi ne vienne donc désormais troubler cet heureux état des choses. . . Les divisions intestines de l'Église de Dieu me paraissent plus graves et plus dangereuses que les guerres et les autres conflits, et elles m'affligent plus que tout au monde... » (Id., m, 12). L'empereur assiste aux délibérations des évêques.
L'historien Eusèbe assure que l'autorité de son personnage, son à-propos, son affabilité, ne furent pas de trop pour faire aboutir la discussion de braves et rudes gens, comme Spiridion, parmi lesquels s'agitaient quelques intellectuels retors, comme les amis d'Arius. On aboutit. Un formulaire de la foi catholique est édicté, le symbole de Nicée, qui n'est que le vieux symbole baptismal romain, le« Symbole des apôtres », dans lequel on introduit les précisions nécessaires, sobre synthèse de la tradition des « presbytres » et du travail des théologiens : le « Seigneur unique » Jésus-Christ, « monogène né du Père, c'est-àdire de la substance du Père, Dieu de Dieu, lumière de