XIII. LE CHRISTIANISME ET LE MONDE ANTIQUE
lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, né et non créé, consubstantiel au Père... » Le symbole s'achève sur l'article du Saint-Esprit, mais il ajoute, en vue de condamner le subordinatianisme d'Arius et aussi bien toute christologie diminuée : « Ceux qui disent : Il fut un temps où le Fils n'était pas, et il n'était pas avant d'avoir été engendré,... ou qui soutiennent qu'il est d'une autre hypostase ou d'une autre substance, ou qu'il est créé, et qu'il n'est pas immuable, mais soumis au changement, l'Église catholique les anathématise ! » Les Pères de Nicée ne se doutent pas des discussions qui se lèveront bientôt et longtemps autour de ces formules: ils énoncent la foi traditionnelle, la foi baptismale, et du même coup le droit de parler, eux, évêques de la terre habitée, au nom de l'Église catholique, d'affirmer, en l'explicitant, la foi divine dont elle a le dépôt, et de dire anathème à qui la contredit.
Des canons complètent le symbole : ils règlent des points de discipline immédiatement pratiques et sur lesquels on veut une règle uniforme, notamment l'élection des évêques, l'autorité de l'évêque métropolitain, la tenue annuelle de deux conciles en chaque province, l'un au printemps, l'autre à l'automne, la conduite des clercs, la réconciliation des pénitents, la juridiction de l'évêque d'Alexandrie et de l'évêque d'Antioche sur les provinces qui de date ancienne ressortissent à ces deux sièges, par analogie avec ce qui est observé pour Rome. Le catholicisme s'adapte à la distribution des provinces établies par Dioclétien, et il dessine la géographie ecclésiastique des patriarcats.
Mais on peut bien dire que, à Nicée, par le rôle concédé à Constantin, par cet avènement du prince chrétien, parla reconnaissance de ces patriarcats, c'est aussi le régime byzantin qui s'annonce et qui s'inaugure. La prépotence du prince, et l'antagonisme des grands sièges comme Alexandrie, Antioche, demain Constantinople, menacent le catholicisme de plus de schismes que Constantin n'en guérissait. Les grands conciles eux-mêmes seront un jour impuissants, et c'est alors (témoin les déclarations d'Hosius au concile de Sardique) qu'apparaîtra, mieux qu'à Nicée le rôle providentiel et traditionnel qui est celui
des évêques de Rome sucesseurs et héritiers de l'apôtre Pierre.
37. Plus exactement que l'édit de Milan, le concile de Nicée marque donc la fin du monde antique et l'établissement du « catholicisme romain » . Nous pouvons embrasser d'un regard d'ensemble tout le chemin parcouru.
Né au sein du judaïsme, l'Évangile a été menacé d'abord d'être étouffé par le judaïsme jérusalémite comme sous une pierre sépulcrale, lourde et scellée s'il en fut : la première génération chrétienne a soulevé cette pierre, déjoué cette obstruction. Puis, c'a été l'expansion, la pénétration tantôt rapide, tantôt lente, toujours entravée, de la foi nouvelle dans le monde gréco-romain, et aussitôt l'autre obstruction, celle de la politique religieuse impériale : il a fallu deux siècles et demi au christianisme pour en venir à bout. Cette politique religieuse n'était elle-même que l'expression de la raison romaine d'État, s'inspirant de la religion romaine, de la philosophie aristocratique du temps des Antonins, de la superstition populaire et de ses haines : le christianisme a eu à désarmer toutes ces hostilités. La concurrence des religions orientales ne semble pas l'avoir ému, pas davantage les avances que lui faisait le syncrétisme des Sévères : c'étaient là des formes de l'idolâtrie. Plus captieuses étaient les séductions du gnosticisme : le christianisme y a perdu beaucoup de ses fidèles, et non des moindres, mais là aussi il a montré quel sens il avait et de sa propre tradition et de tout ce qui lui était hétérogène, comment il était un organisme capable de réagir et de se libérer. Le christianisme a conquis le monde gréco-romain en y entrant, en apprenant sa langue, en lui empruntant avec discernement ce qu'il possédait de perennis philosophia, loin de s'enfermer dans un ghetto et dans un talmud ! Avec un discernement plus impressionnant encore, il a repoussé les compromissions : il n'a pas. supporté le monarchianisme, anticipation de l'arianisme, qui l'eût transformé en une sorte de christianisme unitaire ou de judaïsme rationnel.
Nous saisissons dans ces trois siècles primitifs un phénomène unique, qui n'est pas seulement la vie, la vie profonde, la vie conquérante, d'une collectivité dont