‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 16 sur 306 · XI. LA RELIGION D'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D'iSRAEL

guerrier, dont la tente est à l'écart, mais tout près du campement de ses soldats.

43. Si précaire que fût le sanctuaire portatif du désert, on ne le conçoit pas sans un culte comportant les premiers rudiments de la réglementation fixée par le Code sacerdotal ; les textes d'Amos (Am., v, 25) et de Jérémie (Jer., vu, 22), souvent allégués contre pareille assertion, prennent dans leur contexte un sens différent de celui qu'on voudrait leur attribuer. Certains critiques ont soutenu l'hypothèse très hasardée qu'avant de devenir le Dieu de tout Israël, Yahweh était le Dieu spécial de la tribu de Lévi. Il est certain, en tout cas, que le fondateur du Yahwisme appartenait à cette famille; dès lors, l'attribution des fonctions sacerdotales aux descendants de Lévi trouve dans les faits une sorte de justification. Et ceux-là même qui ne voudraient pas faire remonter aux origines les prérogatives attribuées par le Code sacerdotal à Aaron et à sa famille devraient trouver assez naturel que, pour mieux remplir son rôle de chef civil, Moïse se soit déchargé sur son frère du ministère proprement religieux. Il faut d'ailleurs reconnaître que la spécialisation des fonctions cultuelles n'était pas alors aussi stricte qu'elle le devint plus tard : Moïse lui-même s'associait, pour le sacrifice de l'alliance, des jeunes gens simplement qualifiés d'Israélites (Ex., xxiv, 5); il préposait l'éphraïmite Josué à la garde delà tente de réunion (Ex., xxxiii, 11). Le service divin comprenait ce qui, du grand rituel légal, était le plus compatible avec la vie nomade : on offrait des sacrifices, on célébrait les fêtes les moins liées à la vie agricole : la Pâque, les néoménies, le sabbat.

La vie religieuse d'Israël en Canaan jusqu'à la réforme prophétique

44. La date de l'arrivée des Hébreux en Palestine est controversée. On admet le plus ordinairement que la sortie

d'Egypte eut lieu sous Ménephtah, pharaon de la XIXe dynastie, dans le dernier quart du xme siècle. Mais une autre opinion, qui paraîtrait gagner du terrain, placerait TÈxode vers le milieu du xve siècle, sous Àménophis II, de la XVIIIe dynastie. A quelque moment qu'ait eu lieu Tentrée d'Israël en Terre promise, elle fut marquée par toute une série de brillants succès auxquels le nom de Josué demeure attaché (Jos., in ; v, 13-vi, 27 ; vin, 1-29 ; x, xi). Mais cette première prise de possession n'était que le commencement du travail de pénétration qui seul devait assurer au peuple de Dieu la propriété du pays. La conquête de détail nJalla ni sans difficultés, ni sans périls. D'une part, les Cananéens étaient loin d'être exterminés ; ils gardaient encore beaucoup de places fortes (Jud., i, 1-n, 5), voire d'aussi importantes que celle de Jérusalem. D'autre part, les petits peuples qui entouraient la Palestine ne voyaient pas les nouveaux venus sans inquiétude. De là, au cours de la période des Juges, les entreprises dirigées contre Israël, tantôt par les anciens habitants du pays (Jud., iv. 1-3), tantôt par les voisins, Ammonites (Jud., x, 7-9), Madianites (Jud., vi, 1-6) ou Philistins (Jud., x, 7 ; xv, 9-20); le danger est parfois extrême et le peuple de Dieu semble à deux doigts de saperte. Mais plus grand que le péril de la guerre est celui de la paix elle-même. Lorsque, après le triomphe, les tribus se dispersent à nouveau pour regagner leurs séjours, les Cananéens ne songent plus à leur opposer de résistance; ils leur ouvrent leurs villes et cherchent à vivre en bonne harmonie avec eux. Disséminés en petits groupes moins nombreux que l'ancienne population au milieu de laquelle ils s'établissent, séduits par une civilisation beaucoup plus avancée que la leur, n'y a-t-il pas à craindre que les Israélites ne se laissent peu à peu absorber par ceux qu'ils étaient venus remplacer ? Il est providentiel qu'à des intervalles assez rapprochés, des Juges se lèvent qui, groupant une partie des tribus contre un dangereux ennemi, fassent reprendre à tout le peuple conscience de son unité et de sa vocation. Même l'intervention de libérateurs éphémères ne saurait suffire. Il faut une institution stable, une royauté dynastique qui, réduisant à une complète impuis-

Page 1