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XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT

trop souvent, variera et s'égarera, c'est la porte ouverte aux erreurs, aux conflits, aux schismes.

En second lieu, Constantin fonda une capitale nouvelle, que Ton ne tarda pas à nommer la seconde Rome, la jeune Rome. La dignité du Pape, resté seul à Rome, en reçut sans doute, à Rome même, un relief plus imposant ; mais loin de Rome ce ne fut peut-être pas la même chose. Quoi qu'ait voulu Constantin, un second centre religieux était formé. On eut beau dire que l'évêque de Rome était et devait rester le premier, les regards étaient attirés vers l'évêque de la cité impériale; l'Orient grec voyait en lui son interprète auprès du Maître ; et lui-même, l'évêque de Constantinople, devait avoir l'ambition de dominer tous les autres Orientaux, de devenir au moins l'égal du pontife de Rome. Autour de ce second centre, fatalement rival du premier, une moitié de l'Église allait ainsi peu à peu se grouper, se distinguer de l'autre, s'organiser sans elle. Du premier au second concile « œcuménique », ce mouvement ne se dessine que trop clairement.

3. C'est Eusèbe de Nicomédie, de funeste mémoire, qui eut le triste honneur d'inaugurer le mouvement et de montrer la voie aux futurs auteurs de schismes. Vieil ami d'Arius, le concile de Nicée ne l'avait guère converti ; il n'avait qu'à grand peine signé le formulaire et, ayant continué à soutenir Arius contre son évêque, Alexandre d'Alexandrie, il s'était fait condamner à l'exil. Mais par Constantia, veuve de Licinius et sœur de Constantin, il sut agir sur l'esprit de l'empereur ; en 330, il était de retour dans son évêché, d'où, s'appuyant de plus en plus sur la faveur impériale, il réussit à faire nommer et maintenir à Antioche, contre r évêque légitime Eustathe, déposé et exilé, un prélat de son bord ; contre Athanase, le nouvel évêque d'Alexandrie, il mène une campagne acharnéequi aboutit au concile de Tyr et au premier exil d' Athanase (335) ; enfin, il parvient, quelques mois après la mort de Constantin, à prendre, sur le siège même de Constantinople, la place de l'évêque Paul (338).

Le voilà donc arrivé au terme de son ambition : il domine la métropole de Syrie, il désorganise celle de l'Egypte, il est évêque de la ville impériale ; il apprend aux prélats

ambitieux qu'ils peuvent prétendre à tout, pourvu qu'ils soient bien en cour, et aux empereurs qu'ils peuvent compter toujours sur les complaisances des évêques ambitieux. On comprend alors qu'il traite de haut avec l'évêque de Rome. Sans doute, quand il avait voulu substituer un intrus à Athanase sur le siège d'Alexandrie, il avait envoyé des messagers au pape Jules Ier, pour tenter de faire approuver le concile deTyr et la déposition d'Athanase ; c'est bien son parti qui prit l'initiative de ce recours à Rome, et qui demanda même au pape de réunir un nouveau concile. Mais il fut facile à saint Athanase de faire reconnaître son bon droit. Aussitôt, changement de front : Eusèbe et ses amis protestent contre la prétention qu'a l'évêque de Rome de reviser leurs jugements (1) !

Nous n'avons pas à raconter ici toute l'histoire, même en résumé ; nous devions seulement dégager, dès le début, ce procédé typique qui sera si souvent repris dans la suite.

Quand Eusèbe mourut (341), il y avait deux empereurs. Constant et Constance. Constant, en Occident, tenait pour la foi de Nicée ; Constance, endoctriné par Eusèbe et par son successeur Macédonius, favorisait l'arianisme. au moins sous la forme mitigée par laquelle il essayait maintenant de se faire agréer. Pour répondre aux désirs de Constant, un concile fut réuni à Sardique (342-343) ; on y confirma la doctrine de Nicée : on y rédigea quelques canons disciplinaires, dont le plus célèbre réserve au Pape, lorsqu'un évêque en appelle d'une sentence portée contre lui par le concile provincial, le droit de décider si l'appel est recevable et de désigner de nouveaux juges (2). En adressant ces canons au pape Jules, les évêques écrivaient : Optimum et valde congruentissimum esse videbitur si ad caput, id est ad Pétri apostoli sedem, de singulis quibusque provinciis Domini référant sacerdotes (3).

Malheureusement les Orientaux, contraints de venir

(1) Nous connaissons ces faits par la réponse du pape Jules Ier, que nous a conservée saint Athanase dans son Apologie contre les Ariens, 21 (P. G., t. xxv, col. 282).

(2) Canons grecs 3, 4, 5 ; latins, 3, 4, 7. Cf. Hefele-Leclercq, t. i, p. 759 sq.

(3) Mansi, t. m, col. 40 sq.

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