XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT
à Sardique, refusèrent de siéger avec les Occidentaux ; ils se retirèrent à Philippopoli et, avant de se séparer, excommunièrent plusieurs évêques, celui de Rome entre autres. C'était un vrai schisme. Constance, devenu seul maître de l'Empire après la mort de son frère (350) et celle de l'usurpateur Magnence (353), voulut y mettre fin. A Milan, en 355, il déclarait déjà : « Ce que je veux sera la loi de l'Église (1). » Puis il fit préparer, en 359, une formule définitive et convoqua deux conciles pour la souscrire d'office : l'un à Séleucie en ïsaurie pour les Orientaux, l'autre en Italie, à Rimini. Sous l'étrange pression qui fut exercée, les évêques cédèrent. Il n'y eut guère, à ne pas signer, que Libère de Rome, Hilaire de Poitiers, Athanase d'Alexandrie.
Rentrés chez eux, les Occidentaux se ressaisirent bien vite. En Orient, au contraire, Valens exigea pendant tout son règne (364-378) l'adhésion à la formule dite de Rimini.
La paix revint avec Théodose. Mais le mal était déjà fait ; et toute la bonne volonté de Théodose n'empêcha pas que le concile de Constantinople (381) ne portât les marques de l'œuvre néfaste accomplie par Eusèbe de Nicomédie. A ce concile, en premier lieu, les Orientaux seuls avaient été convoqués, ce qui ne pouvait qu'accentuer une distinction déjà trop périlleuse. Puis on vit ce qu'avait produit l'odieux acharnement d'Eusèbe contre saint Athanase : une hostilité qui n'était pas près de s'éteindre entre les églises de Constantinople et d'Alexandrie. En vain l'évêque de Constantinople était-il alors le plus pacifique, le plus humble, le moins ambitieux des hommes, le mystique saint Grégoire de Nazianze ; il fut suspect à l'évêque d'Alexandrie, Pierre, frère et successeur d' Athanase, qui tenta de loin, par un scandaleux expédient, de lui substituer une de ses créatures. Grégoire aurait voulu tout oublier ; mais Timothée, qui succéda sur ces entrefaites à son frère Pierre et vint en personne à Constantinople, suscita de nouvelles chicanes. Grégoire, écœuré, donna sa démission avant la fin du concile. Enfin, le
(1) Athanase, Hist. Arian., 33 (P. G., t. xxv, col. 732) : 'A>;A'
concile se termina : mais un de ses canons disciplinaire» T le troisième, que Rome ne devait jamais approuver, énonçait, en l'appuyant sur un mot équivoque, un principe dangereux, dont abuseront plus tard la politique impériale et l'ambition des évêques de Constantinople : « L'évêque de Constantinople, dit ce canon, doit avoir la prééminence d'honneur après celui de Rome, car cette ville est la nouvelle Rome (1). »
Évidemment, on n'avait pas voulu édicter ce canon contre le pape Damase, avec qui on était en bons rapports et qui venait, malgré l'étroite alliance de Rome et d'Alexandrie, de désavouer les agissements de l'évêque Pierre (2) ; on n'avait pas visé particulièrement Antiocher dont l'évêque Mélèce venait de mourir à Constantinople. après avoir présidé les premières réunions du concile et y avait eu des funérailles magnifiques. On voulait humilier Alexandrie, contre laquelle l'intrigue de l'évêque Pierre avait réveillé les vieilles rancunes. Mais on n'en sanctionnait pas moins l'idée byzantine, qui rattachait la préséance religieuse d'un siège à l'importance politique du lieu : au fond, le schisme grec avait trouvé sa formule.
Le schisme grec
4. De toutes les malheureuses divisions qui devaient désoler l'Orient, la plus grave, la plus regrettable à tous les égards est bien certainement celle que nous nommons schisme grec. Non seulement ce schisme est celui qui a séparé du chef et du centre de l'Église universelle le plus grand nombre de chrétiens et qui a étendu le plus loin ses ravages, en absorbant des peuples venus plus tard à l'Évangile, mais il a sévi dans les régions dont l'antiquité ecclésiastique était la plus vénérable, et il s'y est fortement enraciné, entrant dans la vie et les institutions nationales de ceux qui l'ont accueilli. Au cours des siècles,
(1) Mansi, t. ni, col. 560.
(2) Cf. P. L., t. xin, col. 365.