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XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT

à travers de nombreuses vicissitudes, il n'a pas eu toujours la même extension ni la même intensité : il importe donc d'abord de le bien définir.

C'est à Constantinople qu'il est né, du principe impliqué dans ce troisième canon disciplinaire que nous venons de citer ; c'est là qu'il a grandi, manifestant sa présence par intermittence, par poussées successives, pendant plusieurs siècles, jusqu'au jour où il a régné en maître ; c'est de là qu'il a rayonné, s'imposant à toutes les églises qui subissaient l'influence de celle de Constantinople. C'est donc, à proprement parler, le schisme de l'église byzantine et de celles qui, à chaque époque, de gré ou de force, demeuraient dans la communion de cette église.

Aux premiers âges de l'empire byzantin, le schisme, quand il sévissait à Constantinople, demeurait plus facilement local, les autres églises ayant assez de vitalité pour s'en défendre, ou ayant assez à faire avec leurs propres divisions. Plus tard, quand les églises de Syrie, de Palestine et d'Egypte, celles qui formaient, depuis le concile de Chalcédoine (451), les patriarcats melkites, furent appauvries et presque réduites à néant par les ravages du monophysisme et les conquêtes des Arabes, ce qui restait en elles d'éléments catholiques, ou orthodoxes, ne pouvait guère ne pas suivre les directions de Constantinople. Ce ne fut pourtant pas une loi rigoureuse. Même après Photius, même après Cérulaire, jusqu'au commencement du xvme siècle, il y eut à Antioche, à Jérusalem ou à Alexandrie, des patriarches melkites qui furent en communion avec Rome (1). Bien plus, cette union fut longtemps reconnue en théorie et officiellement déclarée par les souverains musulmans dont dépendaient les patriarches. Après les croisades, au xive siècle, sous la domination des sultans mameloucks, les patriarches melkites d'Alexandrie ou d' Antioche ne recevaient pas leur diplôme d'investiture sans un certain nombre de recommandations dont la seconde était ainsi conçue :

(l)Cf. Charon, V Église grecque melchite catholique, dans les Échos d'Orient, t. iv, p. 268 sq.

Hist. Rel. —II — 21

« Sache que, dans l'introduction à ta loi, tu es la voie qui mène au Pape (1). »

Toutefois, malgré cette théorie, malgré ces faits exceptionnels, on peut dire qu'en général les patriarcats melkites, en même temps qu'ils adoptèrent de plus en plus la liturgie byzantine (tout en conservant ou reprenant les langues indigènes), épousèrent aussi les haines de Gonstantinople contre Rome et adhérèrent au schisme.

En Europe, chez les Bulgares, chez les Roumains, puis chez les Slaves convertis au christianisme par des missionnaires grecs, la liturgie byzantine se répandait aussi; mais, avec elle, le schisme. On peut dire que dans l'ensemble, au xve siècle, les limites du schisme grec se confondaient avec celles de la liturgie byzantine, quelle que fût d'ailleurs la langue employée : grecque, slave, roumaine, syrienne ou arabe. Mais, depuis, l'Église catholique a reconquis un certain nombre de ces chrétiens, les uniates, dont nous aurons à reparler en étudiant la situation actuelle des églises d'Orient (§ 25). Tous les chrétiens de rite byzantin qui ne sont pas uniates, c'est-à-dire unis à Rome, se donnent le nom commun d'orthodoxes.

Connaissant ainsi le rayonnement du schisme, nous n'aurons plus qu'à en suivre le développement dans son centre, à Constantinople.

1° Période de préparation : formation de l'Eglise « orthodoxe ».

5. Pendant toute la première moitié du ve siècle, la rivalité d'Alexandrie et de Constantinople continue à produire ses fruits. Les conflits théologiques servent de prétexte aux attaques, parfois même les justifient au regard de la conscience ; l'intervention impériale décide la défaite et la victoire, ou du moins en assure les effets.

Théophile, l'évêque ou, comme on disait alors en Egypte, le pape d'Alexandrie, n'avait pu s'opposer à l'élévation de saint Jean Chrysostome sur le siège de la capitale :

(1) Extrait du Ta'rîf, manuel de correspondance officielle rédigé par Chihâb-ad-dîn, musulman de Damas, mort en 1348. Cf. P. Lammens, dansla/?epwe de V Orient chrétien, 1903, n° 1, p. 103-104.

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