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XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT

la présence à Constantinople de moines égyptiens condamnés par lui comme origénistes lui fournit une occasion de partir en campagne, et il profita du mécontentement de la cour contre les franchises oratoires de Chrysostome pour le faire condamner, déposer, exiler. Un peu plus tard (431), c'est le neveu et successeur de Théophile, saint Cyrille, qui poursuit dans Nestorius, alors évêque de Constantinople, le fauteur d'une hérésie nouvelle, consistant à voir dans le Christ non seulement deux natures, mais deux personnes distinctes, et faisant d'inquiétantes réserves sur le titre de mère de Dieu (6sot6xoç), donné à la vierge Marie. Saint Cyrille, fort de l'approbation et de la délégation du pape Célestin Ier, fait condamner Nestorius à Ëphèse ; mais Jean d'Antioche condamne Cyrille à son tour ; l'empereur Théodose II hésite un instant, ratifie d'abord les deux condamnations, enfin se déclare pour Cyrille et envoie Nestorius en exil. Alexandrie triompha encore une fois en 449, mais ce fut la dernière ; le trop fameux Dioscore, successeur de saint Cyrille, s'était déclaré protecteur du moine Eutychès, cet adversaire fanatique de Nestorius qui, non content d'affirmer l'unité de personne dans le Christ, soutenait qu'il n'y avait en lui-même, après l'union, qu'une seule nature. Dans ce prétendu concile qu'on appela le brigandage d' Éphèse, Dioscore fit absoudre Eutychès et tellement maltraiter l'évêque de Constantinople, Flavien, que celui-ci mourut trois jours après. C'en était trop : l'empereur Marcien, époux de Pulchérie et successeur de Théodose II, fit réunir un autre concile à Chalcédoine (451) ; le pape saint Léon Ier en fut le véritable président par ses légats et surtout par la célèbre Lettre dogmatique à Flavien, à laquelle souscrivirent tous les évêques, sauf les Egyptiens. Dioscore et le monophysisme étaient condamnés.

Mais Constantinople voulut se servir de sa victoire pour affermir ses empiétements. Alexandrie était vaincue, Antioche diminuée par l'érection de Jérusalem en patriarcat indépendant (1) (le mot est dès lors usuel) ; un canon

(1) Cf. S. Vailhé, Formation du patriarcat de Jérusalem, dans les Échos d'Orient, novembre 1910, p. 325.

disciplinaire, le vingt-huitième, vint donc encore renchérir sur le troisième de Constantinople (cf. § 3) et déclarer que le siège de la ville impériale devait avoir les mêmes privilèges que celui de Rome elle-même (1). Rome, bien entendu, désapprouva formellement ce canon.

Dès lors sévit de plus en plus, dans l'Orient grec, ce qu'on a si justement appelé le mal byzantin (2), c'est-à-dire l'ingérence tyrannique de l'empereur dans les affaires religieuses, même doctrinales, ou le césaropapisme ; et d'autre part, cette jalousie ambitieuse et défiante qui porte sans cesse le patriarche de Constantinople à résister aux influences romaines, pour tâcher de s'élever lui-même au niveau de Rome, et au-dessus de Rome.

L'Encyclique de l'usurpateur Basilisque en 475, son Antiencyclique en 476, YHénotique de Zenon en 482, l'édit de Justinien condamnant les Trois-Chapitres en 544, YEcthèse monothélite d'Héraclius en 638, le Type de Constant II en 648, le décret de Léon III proscrivant les saintes images en 726, la persécution de l'iconoclaste Constantin V de 761 à 766, celle de Léon V de 814 à 820, voilà les principaux actes par lesquels les empereurs essaient d'établir leur suprématie dogmatique. Et le malheur est que chacun d'eux trouve toujours autour de lui des évêques complaisants, empressés de souscrire à son formulaire théologique. Si par aventure le patriarche de la ville impériale osait résister aux fantaisies du despote, comme le

(1) Voici la partie essentielle de ce canon, appuyé sur un fait historiquement faux, qui serait l'institution de la primauté romaine par une décision des évêques des premiers siècles : « ...Les Pères ont accordé avec raison au siège de l'ancienne Rome ses privilèges, parce que cette ville était la ville impériale. Par le même motif, les cent cinquante évêques (réunis à Constantinople en 381) ont accordé les mêmes privilèges au très saint siège de la nouvelle Rome, pensant avec raison que la ville honorée par la présence de l'empereur et du sénat et jouissant des mêmes privilèges que l'ancienne Rome impériale devait aussi, dans l'ordre ecclésiastique, avoir les mêmes avantages et être la seconde après elle ... » On comprend toutes les conséquences qui découleront de ce faux principe : les patriarches de Constantinople n'auront plus qu'un échelon à gravir pour arriver au premier rang ; c'est ce qu'ils tenteront de faire au viie siècle et le concile in Trullo codifiera leur prétention.

(2) Cf. A. Lapôtre, Le pape Jean VHl, p. 72.

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